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Nicolas PERRET | 15/08/2012

Toujours là !

Il a remporté, de bout en bout, le quinté de ce mardi 14 août à Châteaubriant, en selle sur Rock Of Nassau, brisant un écart de 52, très inhabituel pour lui. Le 7 mai, suite à la chute collective survenue à Marseille, il s’est vu contraint de rester sur la touche quelques semaines. Il a dépassé le cap des 300 victoires en France, il est toujours là, en plat, à 34 ans, lui qui a été un surdoué de l’obstacle, en début de carrière. Nicolas Perret n’élude aucune question…

Je me souviens de vous, tout jeune homme, alors que vous veniez de vous voir privé d’une belle victoire à Auteuil…

J’avais sauté en tête la dernière haie. Sur le plat, ma selle a tourné, et j’ai évidemment glissé, mais j’ai réussi, en quelques pas, à me remettre sur mon cheval, à le rééquilibrer, et à passer le poteau en tête. Malheureusement, le Code des Courses est formel : je n’avais pas le droit de mettre le pied à terre.

Vous étiez fier de votre Opel Tigra, à l’époque !

Oh, là, là ! Ma première voiture… C’était en 1995.

Et comment avez-vous atterri chez Jean-Paul Gallorini ?

Nous habitions à côté de Maisons-Laffitte et, avant-même de devenir apprenti, j’allais monter le matin, chez lui…

Et d’où vous-est venu ce goût ?

Mon père, Roger, a été jockey, il y a maintenant un moment, mon grand-père aussi, et mon cousin, Tony Dal Balcon, de trois ans mon aîné, avait choisi la même voie. C’était naturel, pour moi.

Mais, vous étiez très léger… Pourquoi l’obstacle ?

Jean-Paul Gallorini avait une grosse écurie, essentiellement orientée sur les « balais », c’était logique, pour moi.

Vous avez « pété le feu », au début…

Oui, il m’a fait débuter dès mes 16 ans, et avec le même Silberthal, j’ai gagné un Groupe III et un Groupe I, en une semaine, lors de ma première année de compétition.

Avez-vous rapidement perdu votre décharge ?

Oui et non. J’avais atteint le score nécessaire, 25, mais il est passé, un peu plus tard, à 35… Et comme je n’ai plus continué dans cette voie…

Pourquoi ?

Tout le monde connaît Jean-Paul Gallorini. Un formidable professeur, mais qui demeure Jean-Paul Gallorini. Je suis parti…

Pour aller où ?

J’ai navigué un peu, à droite, à gauche, et comme je revenais en plat, je me suis plutôt axé sur Chantilly, tout en gardant des liens à Maisons. J’étais un peu « free lance ». Didier Prod’homme m’a beaucoup sollicité, Jehan Bertran de Balanda aussi… Puis, quand mon fils est né, lui qui va avoir 10 ans, j’ai voulu un salaire stable, et je suis entré comme cavalier d’entraînement chez Pascal Bary.

N’êtes-vous pas allé aussi en Corse ?

Si, mais je me livrais uniquement à des allers-retours. Sur les 5 années où j’y ai exercé, j’ai terminé 3 fois de tête de liste. J’adore cette île, j’y ai gardé des liens très étroits avec des professionnels, ou autres, locaux, et j’y retourne dès que je peux me le permettre, ne serait-ce que pour de courtes vacances.

Vous avez aussi œuvré à l’étranger…

J’adore. Je me suis régalé en Tunisie, en Suisse, en Allemagne, au Qatar ou en Pologne, où je me suis que peu produit, pour les deux derniers pays cités. Mais j’y ai glané une cinquantaine de succès.

Vous êtes désormais installé dans le Sud Est…

Il y a trois ans, alors que, je l’avoue, j’étais un peu dans le vague, Jean-Marc Capitte m’a fait signe. Notre collaboration a duré un an et demi, avec de bons souvenirs à la clé. Depuis, je suis au service de Keven Borgel, toujours à Marseille, avec qui tout se passe à merveille.

Le 7 mai, vous faisiez partie de la chute collective qui a eu lieu à Marseille, avec 7 de vos confrères ou consoeurs à terre, plus ou moins blessés. Comment vous en êtes vous tiré ?

Une grosse entorse de la cheville. D’autres ont eu moins de chance. Je pense notamment à mon ami Franck Blondel, qui s’est fracturé tibia et péroné…

Il y a eu polémique, quant à la responsabilité de certains dans cet accident…

Plus que cela. Les commissaires, en regardant le film image par image, sont revenus sur leur décision première, au bout de trois jours. Ils ont « blanchi » Julien Augé, qui avait été mis à pied. Aujourd’hui encore, on ne connaît pas le nom du, ou des coupables, mais tout le monde le sait. Mais on peut se demander qui surveille la régularité des courses. Maintenant, c’est comme ça…

Et, pourquoi cet écart de 52 ?

Je suis revenu fin mai, et j’ai presque aussitôt remporté deux courses, mais, je ne sais pas, je ne me sentais pas « extra », j’avais l’impression d’être « passé » de forme », l’image de Franck couché dans son lit me poursuivait. Bon, certes, j’ai pris quelques belles places, comme la deuxième du Grand Prix de Vichy, mais ce n’était pas cela… Et, comme par hasard, depuis que Franck a effectué son retour, la semaine passée, c’est reparti…

L’amitié a l’air très importante, pour vous…

Oui. Et je suis très fidèle. Franck, bien sûr, Davy Bonilla – je loue d’ailleurs ma maison, près d’Aix-en-Provence, à des amis à lui, et, quand j’étais sur la touche, j’ai conseillé à Keven de l’asseoir sur notre espoir de Groupe, et je suis très heureux que Davy se soit imposé -, et Jacques Ricou, que je n’ai découvert que cette année, mais qui est vraiment un mec formidable, à tous les points de vue. D’ailleurs, je ne regarde pas beaucoup les diffusions d’Equidia, en plat, sauf pour les épreuves de Groupe ou relevées, mais je ne manque jamais Auteuil, Enghien, ou les hippodromes où sont programmés Christophe Pieux et Jacquot…

L’obstacle vous manque ?

Non. Ce n’est pas tout à fait ça. Mais je reconnais, et apprécie, le talent de cette « espèce » de cavalier. Et je « surveille » mes potes…

Revenons-en à Châteaubriant… Sans vous flatter, vous avez dessiné un parcours superbe à Rock Of Nassau. J’ai pourtant cru que vous alliez trop vite…

Je connais Xavier Nakkachdji depuis très longtemps, je montais des galops pour lui, à Chantilly. Grégory Benoist, très fine cravache, travaille pour lui, mais, quand Xavier a présenté Rock of Nassaudans le Sud, il a fait appel à moi. Il m’avait donné des ordres très stricts. Deuxième. Aux balances, je lui ai dit que, si j’avais pu un peu improviser, nous aurions gagné. Il m’a écouté et, la fois suivante, il m’a simplement dit : « Fais comme tu veux, donc… ». Et nous avons gagné très facilement… J’ai maintenant le cheval bien en main, et je savais que nous pouvions user nos adversaires au train, ce que nous avons fait. Mais il faut souligner le boulot de Xavier : lors de notre victoire, Rock devait être en valeur 26 ou 27 et, désormais, il va passer probablement, au moins, en 47… 20 kilos de progrès !

Etes-vous heureux, dans le Midi ?

Plus que cela. Aujourd’hui, repos. Nous sommes à la plage, avec ma compagne, Nadège, nous avons grignoté dans une paillotte, et nous allons finir tranquillement la bouteille de rosé bien frais dans l’après-midi. Je m’entretiens aussi à la piscine, je m’amuse à la pétanque… Il fait très beau 8 mois par an, je ne me vois pas remonter à Paris. D’ailleurs, nous avons déjà eu rendez-vous à la banque pour acheter une villa, à la rentrée…

Marseille, ce n’est pas trop « petit » ?

Vous avez raison. Regardez, les jockeys du Sud Ouest  se rendent souvent à Paris, ceux de Marseille, et c’est dommage, sont considérés comme « marseillais ». Je vous assure que le niveau est loin d’être nul, avec des Gérald Pardon at autres Stéphane Richardot. Personnellement, j’ai la chance que Keven me fasse confiance dans 95 % des cas, mais il est tout de même regrettable que, pour mes collègues, il ne soient pas toujours de la fête, que ce soit à Lyon ou Vichy… Comme s’ils avaient, et nous avions, une sorte d’étiquette dans le dos.

La retraite ?

Tout roule… Mais je ne veux pas arrêter quand je serai « dans le trou ». Quand je verrai que je commence à décliner ou que je suis moins demandé, je dirai « stop ». Je n’en ai aucune idée précise, pour l’instant, ni même de ce que je pourrais faire – même si j’ai des idées et des projets, mais qui demandent un budget que je n’ai pas -, mais je peux vous dire qu’après Keven, il n’y aura pas 15 écuries…

En attendant ?

La tête dans l’encolure…