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JOCKEY : UN MÉTIER DIFFICILE

La destinée du jockey est assurément hors des sentiers battus : l'apprentissage du métier commence très jeune, métier qui se qualifie de difficile tant physiquement que moralement. Si l'apprenti jockey réussit, il obtient un confort de vie certain mais ce n'est pas sans sacrifices, travail, courage, tenacité, motivation et évidement ... la passion du cheval.  

Malgré le talent, une carrière peut être brève, et la plus belle des victoires est toujours éphémère. Il faut «percer », puis, perséverer jour après jour, pour conserver sa forme et son rang. Il est donc primordiale de s'informer sur le  métier, et de préparer l'avenir même si la réussite est bien présente, pour appréhender au mieux tout obstacle que le jockey pourrait rencontrer, comme une diminution des montes ou un accident pénalisant. Des incidents de parcours ne sont pas si rares, et trop peu anticiper par la profession. 

Quelques jockeys de chaque génération peuvent se maintenir à haut niveau pendant près d'un quart de siècle : chacun d’eux témoignera qu'il possède un rare ensemble de qualités d’homme, et d'un entrainement physique sans écart. Mais malheureusement, combien d’autres ont pu brillé au ciel du turf, qui sont le lendemain, retombés dans le rang et trop souvent dans la misère ...

Garder la tête solide, conduire adroitement sa carrière, savoir se servir de l’argent si vite obtenu, la tâche n'est pas aisée  ! Or il se trouve que la situtation juridique actuelle du jockey le laisse sans aucun recours contre tout risque dans une carrière aussi atypique.

C'est pour ces raisons que l'Association des Jockeys tente d'améliorer le quotidien de l'ensemble des jockeys de galop en France, en les soutenant, apportant réconfort et conseil tant sur le plan médical, juridique ou professionel.

UNE DATE : LE 5 AVRIL 1929

Le métier nécessite une réelle prévoyance face aux risques importants auxquels sont confrontés les jockeys. Mais s'assurer individuellement pour un risque aussi lourd semble impossible sans savoir s'il est envisageable de l’amortir sur un nombre suffisant de courses. 

Les courses existent en France depuis 1830. Blessures, infirmités, et misères se sont accumulées pendant plus d’un siècle, sans que les jockeys aient songé à se protéger et à s’unir. Les sociétés des courses avaient créé à Maisons-Laffitte et à Chantilly des hôpitaux de jockeys, mais les dépenses d’entretien étaient telles que ces organismes demeuraient nécessairement insuffisants.  Ainsi, malheureusement, des jockeys gravement blessés étaient mal ou tardivement soignés, les solutions d'assurance n'étant pas concluantes.

C'est alors que des jockeys tels que Parfrement, Jennings, Léon Barré ont essayé de réunir leurs camarades et de les protéger par la mutualité. Ces efforts répétés se sont avérés fructueux. 

Le 5 Avril 1929, une poignée de jockeys d’obstacles se sont réunis à Maisons-Laffitte pour fonder l’Association des Jockeys. C’est Lucien Loiseau qui en a été le véritable initiateur et pionner du mouvement. Il s’est consacré avec telle une foi agissante qu’aucun obstacle ne devait le rebuter. Le nom de Joachim Bédeloup ne peut être séparé du sien ; c’est son prestige qui a permis de grouper les premiers adhérents ; c’est sa sagesse qui a pu obtenir "droit de cité" pour la nouvelle association dans le monde des courses. Ils associèrent à leur projet un gentleman-rider que sa profession d’avocat à la Cour mettait à même de les aider et de les conseiller ; celui-ci se passionna d’emblée pour leur projet et s’associa de tout cœur à leur généreuse entreprise.

Il faut citer le nom des premiers adhérents, le premier noyau groupé autour de Loiseau et de Bédeloup comprenait Niaudot, Vayer, Tondu, Duluc, Benson, Gaudinet, Petit, Romain, Suidic, Fruhinsholz, Lock, Duffourc, Riolfo, Rovella. Alfred Kalley avait fait une course d’attente en tête et très vite apporta le concours de son jugement et de sa sagesse. Robert Ferré était là, dès les premiers jours : il donna le premier l’adhésion d’un grand jockey de plat et entraîna presque aussitôt à sa suite Esling, Georges Bartholomew, Rabbe, Marcel Allemend, Boquettin, Garner, François Hervé, Sharpe, Henri Pantall et naturellement Jennings. Moins d’un mois plus tard, l’Association comptait 150 adhérents dont 96 jockeys d’obstacles et 54 jockeys de plat.

Evolutions des adhérants pendant les premieres années de vie de l'Association :

FIn 1929 1930 1931 1932 1933 1934 Depuis 1935
185 Jockeys 241 Jockeys 304 Jockeys 362 Jockeys 517 Jockeys 550 Jockeys Tous les Jockeys montant en France

Dès le 12 avril 1929, les fondateurs se proposaient de :

  • Réunir tous les jockeys montant en France en courses plates et à obstacles
  • Développer entre les jockeys la camaraderie, l’esprit de solidarité et de prévoyance ; créer une caisse de secours mutuels et de retraites, ainsi qu’une organisation médicale et chirurgicale, le tout en vue de garantir les jockeys contre les risques et les périls que comporte leur profession.
  • Représenter les jockeys et de défendre leurs intérêts corporatifs
  • De répandre parmi eux, ainsi que dans le publics des notions de dignité professionnelle et de moralité sportive et de contribuer à en assurer le respect.

NAISSANCE DE L'ASSOCIATION

Il s’agissait de créer une société de secours mutuels et un syndicat professionnel.

Malgré certaines difficultés de mise en route et de légitimité, l'ensemble de la profession se laisse pourtant convaincre que son devoir est de s'associer, de se mutualiser et de faire preuve de solidarité, avec des cotisations en partie proportionnelles aux risques courus.

Les efforts de Ferré, l’adhésion retentissante d’Henri Semblat et de Domingo Tortelo rallient les derniers hésitants : l’Association Générale des Jockeys de Galop en France réunira tous les jockeys, de plat, d’obstacles, de province ; et si les plus heureux paient pour les autres, ne serait-ce pas la plus belle et la plus réelle solidarité.

Dès le début, l’Association obtient une reconnaissance gracieuse. Les commissaires des grandes Sociétés de Courses, puis l’Association des Propriétaires, reçoivent ses fondateurs, approuvent leurs projets de solidarité et de prévoyance, mais se montrent réservés sur l’action corporative. Il faudra plusieurs années de services rendus et de persévérante sagesse pour que l’Association des Jockeys soit tout à fait officiellement admise. Elle serait injuste pourtant si elle oubliait les appuis qu’elle a trouvés, dès le début, et jusque parmi les plus hautes autorités. C’est le plus sévère des Commissaires des Courses qui, ayant jugé l’œuvre et fait confiance à ses fondateurs, a aidé les uns et défendu les autres.

Si l’Association des Jockeys a un parrain, c’est bien le colonel Gillois. Il faut dire aussi que, lorsqu’elle eut fait ses preuves, l’Association a trouvé l’appui le plus entier auprès des grandes Sociétés de Courses. Avec le temps, la confiance est venue et en 1937 fut créé un syndicat professionnel dont l’activité est demeurée jusqu’à présent discrète.

Il a fallut longtemps aussi pour que l’usage s’établisse, parmi les propriétaires gagnants des grandes épreuves classiques, de comprendre l’Association des Jockeys dans la répartition des dons qu’ils ont coutume de faire à l’occasion des grandes victoires. Là aussi il y avait des traditions, des droits acquis. MM. Robert Lazard, Georges Wildenstein, le comte de Rivaud ont été les premiers d’une liste de bienfaiteurs qui comprend aujourd’hui tous les grands noms. Les premiers membres honoraires de l’Association sont dans l’ordre des dons reçus : le Père Wynch (aumônier des jockeys), Charles Bariller, Auguste Lorillon (de la cote jaune), W. Head, D. Torterolo, Lucien Robert, J. Ginsbourg.