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Marc LERNER | 23/01/2012

C'est parti !

Mercredi 18 janvier, à Cagnes-sur-Mer, en selle sur Wise Boy, un pensionnaire de Werner Baltromei, il a remporté, de bout en bout, le Prix de Garavan, sur les 1.300 mètres de la piste en sable fibré. Certes, il ne s’agissait que d’une épreuve à réclamer, mais il ne l’oubliera jamais, lui qui, apprenti, y devançait des pilotes chevronnés. Marc Lerner, qui fêtera ses 21 ans le 1er février, signait là sa première victoire…

Tout le monde connaît votre père, Carlos, l’entraîneur, notamment, d’Anabaa Blue, et votre frère aîné Yann, qui a été jockey… Faut-il vous demander d’où vient votre passion pour les chevaux ?

Non. Je suivais Papa partout sur les hippodromes, je m’intéressais à ce qui se passait à l’écurie, et, à 6 ans, j’étais un assidu du poney-club. A 9 ans, je montais mon premier cheval de course, à l’entraînement.

Envie d’entrer à l’AFASEC de Maisons-Laffitte ?

Non. J’ai suivi des études « classiques » jusqu’au Bac Economie. Yann, qui a 6 ans de plus que moi, devenait jockey, ma grande sœur, qui a un an de moins que Yann, participait à des épreuves pour cavalières. J’ai voulu, moi aussi, évoluer dans les rangs amateurs. Je voulais goûter à la « vraie » compétition, même si j’avais disputé des courses de poneys, gagnant notamment à Maisons-Laffitte avec un poney appartenant à… Christophe Soumillon. En fait, je n’étais pas très fixé sur ma future orientation. Je me suis dit que la meilleure solution, pour me rendre compte si je désirais vraiment porter la casaque un jour, était de tâter des courses pour gentlemen-riders.

Apparemment, cela vous a plu…

Oui. J’ai enlevé ma première à 17 ans, pour 7 victoires, en tout, pour environ 80 montes. J’étais associé à des représentants de mon père, bien sûr, mais d’un peu tout le monde, aussi, comme Carlos Laffon-Parias et d’autres…

En combien de temps ?

En 2 ans, mais avec une coupure de 6 mois…

Due à quoi ?

Un coup de pied de cheval m’a explosé la rate… J’ai passé quatre mois à l’hôpital, puis deux, à me remettre tout doucement.

Les chirurgiens ont-ils procédé à une ablation ?

Non. Il en restait quelques très petits morceaux, et ils m’ont dit qu’elle allait se régénérer toute seule. J’ai été suivi pendant un bon moment, mais désormais, tout va bien.

Cet accident ne vous a-t-il pas amené à changer d’idée ?

Pas du tout. Et, ayant repris la compétition, j’ai décidé de devenir jockey…

J’entends encore votre mère qui, quand elle avait appris que Yann se destinait, lui aussi, à ce métier, m’avait confié : « Je ne vais pas en dormir de la semaine ! »…

(rires) Cela ne m’étonne pas mais, en ce qui me concerne, elle avait déjà eu le temps de s’habituer.

Quelle « procédure » avez-vous suivie, pour parvenir à vos fins ?

La même que Frédéric Spanu ou Christophe-Patrice Lemaire, bien avant moi. A savoir qu’une fois votre demande de licence acceptée, vous devez attendre un an avant que France Galop ne vous délivre le fameux « carton ». Vous avez le statut d’apprenti, mais sans maître d’apprentissage, et vous bénéficiez d’une décharge inférieure d’un kilo à celle « normale ».

Qu’avez-vous fait durant cette année d’attente ?

J’ai franchi le pas en novembre 2010 et j’ai eu l’opportunité de pouvoir partir aux Etats-Unis, pour découvrir d’autres méthodes d’entraînement et perfectionner mon anglais.

Qui vous a accueilli, là-bas ?

Patrick Biancone. Chez lui, j’ai côtoyé Julien Leparoux, Tony Farina, Florent Géroux, Rodolphe Bricet, qui avait été l’assistant d’Alain de Royer Dupré, et le très prometteur Ryan Curatolo, originaire de Marseille, qui a presque atteint la barre des 140 réussites en 2011. Il a d’ailleurs été nominé pour les « Eclipse Awards » du Meilleur Apprenti Américain, mais il a terminé deuxième, derrière un certain Kyle Frey, qui lui totalisait 153 lauréats.

Vous deviez-donc parler français, entre vous, non ?

Le premier mois, on s’adressait à moi dans notre langue. Ensuite, nous ne conversions qu’en anglais.

Une bonne expérience ?

Excellente, à tous les niveaux. Je suis quasiment bilingue, désormais, j’ai vu et appris beaucoup de choses, même si je n’ai pu avoir de partants sur les hippodromes, n’ayant pas obtenu de licence. Le matin, je me mettais en selle sur de très bons éléments, à Miami, durant l’hiver, puis près de New York, aux beaux jours.

Quand êtes-vous revenu ?

A la mi-septembre. On m’a délivré le précieux « sésame » et j’ai débuté en novembre. J’ai été le partenaire de poulains de notre écurie, de Claude Boilot, un ami de la famille, et de Werner Baltromei.

Comment avez-vous rencontré ce professionnel allemand ?

J’avais monté pour lui en gentleman et comme j’accompagnais souvent mon frère en Allemagne, j’ai pu approcher ce grand metteur au point. C’est pour lui que je fais le meeting de Cagnes, d’ailleurs.

A propos de votre frère, que devient-il ?

Il remplit le rôle d’assistant auprès de mon père et va passer sa licence d’entraîneur.

Est-ce sa grave fracture de la mâchoire qui l’a convaincu de ranger ses bottes ?

Non. Il connaissait des problèmes de poids, qui sont devenus insurmontables.

Le fait de le voir arrêter ne vous a pas découragé ?

Non. Et, au contraire, Yann m’a beaucoup motivé, m’a dit que, si je voulais aboutir, dans ce métier, il fallait que je donne tout ce que j’avais en moi.

Et vous, le poids ?

Ca va. Je me mets facilement en selle à 52 kilos et, en forçant un peu, avec régime et sauna, à 51, s’il le faut.

Avez-vous un agent ?

Pour l’instant, non, mais j’ai des contacts avec l’un d’entre eux, qui n’a plus à faire ses preuves dans ce domaine.

Un agent est-il vraiment nécessaire ?

Je dirai même indispensable, à notre époque… Il y a tellement de courses, de route ou tout au moins de transports, avec les billets à réserver, s’il fallait, en plus « faire le papier » de plusieurs réunions, et appeler les entraîneurs, ce serait ingérable. D’ailleurs, tous, ou pratiquement tous, mes collègues ont un agent.

Comment avez-vous été accueilli dans les vestiaires ?

Très bien, j’y ai passé tellement de temps, je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait.

Avez-vous des modèles ?

Christophe Soumillon et… mon frère.

Le fait de ne pas avoir suivi les cours de l’école AFASEC, comme l’hippologie, par exemple, ne vous pénalise-t-il pas ?

Je ne le pense pas, et je n’ai pas de regrets. Mon père, mon frère et Patrick Biancone ont été, et sont toujours, d’excellents professeurs.

On ne fait pas beaucoup appel à vous, pour le moment. Que faîtes vous, quand vous n’êtes pas sollicité ?

Je vais aux courses, je regarde tout, j’écoute tout. Dans les tribunes, on voit plus de choses que devant la télé, à la maison, et puis je peux discuter avec mes confrères.

Werner Blatromei est-il sur place, dans le Midi ?

Non. Mais il y a délégué son staff, auquel Nicolas Millière donne un coup de main.

Vous a-t-il joint, après votre succès ?

Il m’a aussitôt envoyé un « texto » pour me féliciter et me dire qu’il était très content.

Et vous, qu’avez-vous ressenti ?

Beaucoup d’émotions, en passant le poteau. C’est formidable. Je l’attendais, cette première, j’avais été déçu de ne pas l’avoir déjà décrochée à Deauville… Maintenant, il faut qu’il y en ait d’autres…

En dehors des courses ?

J’aime beaucoup le karting. Et le foot, aussi.

Vous pratiquez ?

Non. Je « tapote » dans la balle, épisodiquement, mais c’est tout.

Votre état d’esprit, aujourd’hui ?

J’espère que cette victoire aura un effet positif, mais avant tout, il faut bosser, et encore bosser. Tous les jours.