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Frankie LEROY | 23/11/2011

Reconversion bien partie...

Il y pensait depuis un moment, il a franchi le pas, il y a seulement trois mois : tirer la sonnette de l’écurie de Yann-Marie Porzier pour changer progressivement d’orientation et se consacrer à l’obstacle. A 22 ans, et 65 succès, en plat, à son palmarès, il n’avait jamais fait sauter un cheval, ne serait-ce que le matin, à l’entraînement. Il s’y est mis, sérieusement, et dès son premier essai en compétition, le 18 novembre à Compiègne, il a mené Cat Dancer, préparée par son nouveau patron, à la victoire. Comme un « vieux briscard ». Mais Frankie Leroy sait ce qui l’attend…

Emotions ?

Et comment ! Comme lors de mon premier gagnant en plat, alors que j’avais 16 ans, déjà à Compiègne, avec Tree of Life. C’était ma deuxième monte et je n’avais débuté que l’avant-veille, à Longchamp.

Retour au vestiaire ?

Les collègues, plus chevronnés que moi dans cette discipline, m’ont dit qu’il ne fallait pas que je crois que c’était facile, même si ma pouliche, parfaitement mise au point par Yann Porzier, n’a rencontré aucune difficulté pour s’imposer. Je le sais. Ce n’est pas un « coup de chance », mais il y aura d’autres aventures moins glorieuses, j’en suis parfaitement conscient.

D’où venez-vous ?

J’habitais dans le Val-d’Oise, et Jean-Yves Beaurain était mon oncle. Il m’accueillait chez lui, les jours sans école. Il ne m’avait pas mis en selle, en me précisant que j’aurai bien le temps, mais il me montrait toutes les coulisses de son établissement, les soins, les boxes, le pansage, et j’étais heureux de participer. J’ai vite pensé à l’AFASEC, d’autant que j’étais de petite taille mais, en regardant mes mains, Jean-Yves m’a dit : « Profite le plus possible du plat mais toi, de toutes façons, tu seras jockey d’obstacle, un jour… »

Alors ?

Je suis effectivement entré au Moulin-à-Vent, à Gouvieux, et David Smaga a été mon maître d’apprentissage. Je suis resté chez lui pendant plus de 6 ans. Il me faisait confiance. Quand il m’a programmé, pour ma première sortie, à Longchamp, il m’a précisé : « Tu vas voir de quoi il s’agit… Mais, deux jours plus tard, tu auras une première chance, à Compiègne… » Il ne s’était pas trompé.

Et puis ?

Petit à petit, j’ai commencé à connaître des problèmes de poids, et sans faire d’excès. Actuellement, je me prive et passe par le sauna pour descendre à 54 ou 54,5 kilos. Une situation raisonnable quand on s’appelle Peslier ou Soumillon, mais pas Leroy.

Du coup ?

Florent Guy, un super « amateur », était mon « agent », mais il a décidé de mettre un terme à son activité. Je n’ai donc plus de « représentant », mais les professionnels m’appellent, et j’aimerais bien perdre ma décharge, en plat, histoire de…

En obstacle ?

Non. Je commence juste. Je remercie Yann Porzier de m’avoir accueilli et, déjà, de m’avoir appris beaucoup de choses. Le matin, je bénéficie aussi des conseils de Raymond O’Brien, de Fred Ditta, Mickaël Delmares et autres Ervan Chazelle. Avant ce 18 novembre, le boss m’a demandé : « Ca va, tu te sens prêt ? ». Comme j’ai répondu par l’affirmative, il n’a pas hésité à me déclarer sur Cat Dancer.

N’appréhendiez-vous pas ce nouvel exercice ?

Non. Il m’a plu tout de suite, et cela faisait un bout de temps que je regardais tous les cracks à l’œuvre. On apprend, avec le boulot du matin, mais davantage en course, et il est souvent plus instructif d’accomplir le tour avec un mauvais cheval qu’avec un champion… comment gérer la haie, ou l’oxer, qui se présente. Tous les sauteurs sont différents. Je n’ignore pas, non plus, qu’il faut que je me prenne deux ou trois « crêpes », pour me calmer un peu. On tire aussi bien des leçons d’une victoire, que d’une chute.

L’avenir ?

Je vais continuer à monter en plat, notamment pour David Smaga, bien entendu, mais j’espère me faire un nom, à Auteuil.

Peut-être trop tôt pour vous demander qui sont vos modèles ?

En plat, Soumillon. Le Top. Il a tout. Mon idole. Il y a d’autres fines cravaches, comme Olivier Peslier mais, même si j’ai visionné les vidéos des exploits d’Olive, Soumi correspond mieux à mon « époque ». En obstacle, je ne peux déjà me prononcer. Christophe Pieux est évidemment une référence, mais d’autres poussent à la roue. Mais je ne veux surtout imiter personne, l’essentiel, à mes yeux, étant de me sentir bien à cheval, avec ma propre position, mon attitude, mes tactiques, qu’il me reste à acquérir… En essayant de copier, on commet souvent des erreurs, car on est, forcément, « au-dessous » de « l’image ».

Célibataire ?

Oui. Un peu jeune, à mon sens, pour le contraire.

Pas trop dur, vivre seul ?

Oui et non. Une copine pourrait être agréable, et sans doute pourrions-nous mieux gérer la vie « pratique », mais ce n’est pas l’une de mes priorités, dans l’immédiat.

Vous préparez vos repas ?

Vous savez, de nos jours, il existe pas mal de plats tout prêts, à glisser dans le « micro-onde », qui me conviennent parfaitement…

Des dérivatifs ?

J’aime le sport. Je joue au football, et participe à tous les tournois organisés par l’AFASEC ou les jockeys. Je cours, aussi, mais surtout pour faire fondre les grammes en trop, et j’avoue que, paradoxalement, quand je n’ai pas d’engagements à venir, en plat, j’apprécie un bon restau, avec les copains, une séance de cinéma, voire une « discothèque » si je ne travaille pas le lendemain.

Un regret ?

Que Jean-Yves, trop vite parti, pour un cancer du poumon alors qu’il n’a jamais fumé, n’ait pas assisté à cette première tentative, le 18 novembre. J’imagine qu’il aurait été fier de moi…