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Raymond Lee O'BRIEN | 22/06/2011

La cerise sur l'irish pudding...

Il y a quatre ans, il ne savait pas monter à cheval. Après des années de « sport-études », en Irlande,  il se destinait au football. Il pesait 72 kilos et ne parlait pas un mot de français. Samedi18 juin, à Auteuil, pour sa septième tentative à ce niveau, il a remporté son premier quinté, et de bout en bout, en selle sur Reflexion, pour son patron, François-Marie Cottin. Cerise sur le gâteau, ou sur l’irish pudding, vu ses origines, Raymond-Lee O’Brien, 23 ans et 23 victoires, devançait son père, Raymond, associé à Royal Ultimatenia.

Cet hiver, à Cagnes-sur-Mer, vous aviez déjà conclu cinquième d’un quinté, gagné justement par votre père. Peu de temps après, vous aviez formé, à vous deux, le couplé gagnant, mais dans une course « anodine »… Qu’avez-vous ressenti, en passant le poteau, ce 18 juin ?

Indescriptible. Ce n’était pas évident de tout doser, et Philip Carberry, le premier jockey de l’écurie, m’a toujours répété de garder un peu d’essence pour la fin de parcours, même avec des chevaux allants, comme Reflexion. Gagner mon premier quinté, qui plus est devant mon père, je pense que je ne l’oublierai jamais.

Vous avez arrosé ça, en famille ?

Vite fait, en fin de réunion, au Salon des Dames, ce bar réservé aux professionnels, sur l’hippodrome. Une coupe de champagne. Je ne bois jamais.

Votre père confiait, dans ces colonnes, que vous auriez pu devenir un excellent footballer. Pourquoi avoir changé d’objectif ?

Je suis venu en France, voir mon père. Il m’a emmené à Auteuil, j’ai trouvé le champ-de-course et les épreuves magnifiques et, comme un fait exprès, Papa a gagné un Groupe I, ce jour-là. Je me suis tout de suite dit : je veux être jockey, aussi.

Montiez-vous à cheval ?

Non. J’avais fait quelques balades, gamin, avec mon père, mais je n’étais même pas du niveau d’un « galop » dans un club hippique.

Et le foot ?

Du jour où j’ai décidé de  devenir jockey, je me suis fait beaucoup maigrir. J’étais trop lourd. Du coup, pour le foot, j’ai perdu de ma rapidité et de ma puissance. Mais ça m’était égal.

La suite ?

Papa m’a fait monter deux ou trois chevaux gentils, là où il travaillait. J’ai été séduit. De retour en Irlande, pour passer Noël avec ma mère, j’ai pu entrer au service de  Con Marnane, un éleveur qui forge des yearlings. Chez lui, j’ai appris à serrer les jambes sur ma monture, je suis beaucoup tombé, puis moins, car en une semaine, tu pouvais repartir cassé de partout, mais, en un mois, j’ai beaucoup assimilé.

De nouveau la France, non ?

En février 2009, j’ai rejoint le staff de François-Marie Cottin, grâce à mon père. François a entraîné en Irlande, il est marié à Irene, une Irlandaise, et il parle parfaitement l’anglais, alors que moi, je ne savais pas prononcer une phrase en français. J’ai appris la langue sur le tas, au contact de tous les membres du personnel.

Tout s’est bien passé ?

Oui. François-Marie Cottin a été patient, m’a familiarisé avec beaucoup de techniques et, au bout de 3 ou 4 mois, il m’a fait sauter à l’entraînement, directement en steeple-chase, avec Mango Bay. Dean Gallagher, le premier pilote, à cette époque, m’a dit que j’arborais un sourire comme il n’en avait jamais vu.

C’était vrai ?

Oui.  Une révélation.

Depuis ?

J’ai débuté en compétition en octobre 2009, je me suis aligné au départ une dizaine de fois avant le meeting de Cagnes où j’ai signé mon premier succès, pour Thierry Civel, avec Vallée d’Anjou. La pauvre n’est plus là, aujourd’hui… Dans le Midi, j’ai été beaucoup sollicité, apprenant à chaque sortie. Mais je n’avais pas encore le « mental », j’étais, et je suis toujours, en phase d’apprentissage, et je ne savais pas « pousser » à l’arrivée. J’étais sans doute plus fatigué que mon partenaire, et je crois même que je le gênais, dans mes mouvements, plus que je ne l’aidais.

Défaut corrigé ?

Je suis en train. Depuis environ 6 mois, en dehors de l’entraînement du matin, je m’exerce sur un cheval mécanique. Je me sens un peu plus costaud.

Vous semblez très proche de votre père…

Il est toujours le premier que je vais voir, pour des conseils ou… des réprimandes.

Des réprimandes ?

Oui. Je préfère, aux silencieux qui n’en pensent pas moins, les gens, comme Papa ou Alain Claude, le premier garçon de l’écurie Cottin, qui me disent : « Tu as monté comme un con ! ». Je visionne à plusieurs reprises les vidéos de chacune de mes participations, comme je regarde aussi les cassettes de chevaux que je vais découvrir en compétition, et j’essaye d’analyser, de comprendre mon, ou mes, erreur(s). Il ne faut pas refaire deux fois la même faute… Je veux progresser, de jour en jour.

Vous parliez de poids…

Je dois faire très attention. Sans me soumettre à un véritable régime, je suis très prudent. Je ne mange pas ce que je veux. Disons que, pour descendre à 61 kilos, je dois passer au sauna. A 62, je fais vraiment très gaffe, deux jours avant. 64, c’est raisonnable. Mais, si je m’accorde huit jours sans exercice, pour des vacances, voire pépins, je monte vite à 66.

Vous vivez seul ?

Non. J’habite dans l’établissement de François Cottin, à Chantilly. C’est très pratique, évidemment, et je ne suis jamais en retard – et je n’aurais d’ailleurs pas d’excuses pour me faire attendre. Mon amie Shereen, irlandaise, bien sûr, m’a accompagné.

A-t-elle été difficile à convaincre ?

Non. Vous savez, l’Irlande, depuis la crise, c’est à moitié « cuit », au niveau de l’emploi et des débouchés, et puis il fait plus beau, et plus chaud, ici que sur notre île.

D’autres passions ?

Jusqu’à l’an dernier, j’ai joué au foot, avec l’équipe de l’AFASEC, mais j’ai arrêté. J’aime le paint-ball, et Olivier Peslier, qui l’a appris récemment par Ervan Chazelle, m’a invité à une partie, la semaine prochaine. Le karting, aussi, et, quand j’aurai le temps, j’envisage de suivre des cours de conduite sportive. Sans doute parce que mon oncle Trevor Harding, était un grand pilote de rallyes. Une vedette, chez mous. Tout gosse, il m’embarquait, sanglé et casqué, pour ses essais. Des sensations extraordinaires.

Plus décoiffantes qu’avec les chevaux ?

Non. Le feeling avec les animaux n’a rien à voir avec un moteur ou une pédale de frein. Je suis tellement heureux, le matin, avec ces animaux magiques, gentils, qui ne demandent qu’à faire corps avec vous.

Un dernier mot ?

Un grand Merci à Monsieur Cottin. Et à Papa, aussi…