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Jean Luc BEAUNEZ | 04/05/2011

Patience et passion...

Son compteur « victoires » est, pour l’instant, bloqué à 97, suite à une bête, mais grave, chute, le 10 avril à Lyon-Parilly. De longs mois seront nécessaires avant qu’il ne puisse remonter à cheval mais, à 33 ans, Jean-Luc Beaunez s’est trouvé autant de patience que de passion, deux mots souvent difficiles à associer, mais qu’il est bien parti pour conjuguer…

Comment est survenue cette culbute ?

Truc idiot. Mon cheval a penché, j’ai glissé sur le côté, et c’est ma hanche, la première, qui a percuté le sol. Je n’ai pas pu me relever : fracture du bassin et luxation du col du fémur. Quand le médecin de service, sur la piste, qui croyait bien faire mais qui n’aurait peut-être pas dû, m’a plié la jambe, j’ai ressenti une douleur fulgurante. La morphine a immédiatement calmé le jeu. Arrivé dans le grand Hôpital de Lyon, on m’a presque aussitôt opéré, une « traction », dans le jargon des chirurgiens. On m’a fixé une broche, au-dessus du genou, avec un poids pour tirer sur le fémur, afin de « réduire » la luxation. J’ai ensuite attendu de savoir s’ils allaient s’occuper de ma hanche, avec une certaine angoisse, je l’avoue : la douleur était pratiquement éteinte, avec, simplement, quelques cachets quotidiens, mais, s’ils n’intervenaient pas, je devais rester couché durant 45 jours, et je ne pouvais pas commencer la rééducation.

Finalement ?

Ils ont opéré. Et, grâce à l’Association des Jockeys, et notamment Thierry Gillet, j’ai pu être rapatrié sur Maisons-Laffitte. L’Asso s’est occupée de tout, les papiers, les formalités… Je suis actuellement à « Palma », une clinique de convalescence où j’ai pu attaquer la rééducation depuis une semaine.

Toujours « cloîtré », alors ?

Non. J’ai le droit de sortir, dans l’après-midi, et le week-end prochain, je pourrai le passer à la maison. Aujourd’hui, j’ai fait un tour à l’écurie… Sinon, dans ma chambre, je regarde les courses sur mon IPhone, car s’il y a bien une télévision accrochée au mur, elle n’est pas programmée pour recevoir Equidia. Comme quoi, la technologie a parfois du bon…

Comment vous déplacez-vous ?

En fauteuil roulant. Je peux aussi utiliser des béquilles, mais ce n’est vraiment pas pratique, vu que j’ai l’interdiction de prendre appui sur ma jambe, pendant trois mois.

D’où vous vient ce goût pour le monde hippique ?

Mon père, Daniel, qui a été jockey avant de devenir entraîneur, et mon oncle, Bernard, entraîneur lui aussi, m’ont évidemment transmis le virus. Mon père a dû cesser ses activités, suite à un accident, quand il était cavalier, et ses problèmes à un genou – il s’était sectionné les ligaments croisés – n’ont fait qu’empirer. Il boite bas, aujourd’hui.

Votre itinéraire ?

Nous habitions Maisons-Laffitte, mais j’ai suivi l’école AFASEC du Moulin-à-Vent, à Chantilly. Avec André Fabre pour maître d’apprentissage. Avec le recul, je me rends compte qu’il n’y avait pas mieux.

Avez-vous débuté en course, chez lui ?

Non. J’ai effectué trois ans d’apprentissage, là-bas, puis suis devenu salarié, pendant un an. Lad, si vous préférez, et j’avais des soucis avec mon poids.

Alors ?

Comme l’envie de devenir jockey, tout de même, ne m’avait pas quitté, je suis parti à Royan-La Palmyre, chez Guillaume Macaire, me tournant résolument vers l’obstacle. Encore une super école, dure, mais très enrichissante. Philippe Sourzac était le premier pilote de la « maison ».

Et vous ?

Au bout d’un an, je n’avais toujours pas enfilé la casaque. Il faut dire que, le matin, à l’entraînement, je prenais pas mal de « crêpes », mais il fallait bien que le métier entre, et, par ailleurs, je ne montrais pas être plus doué que les autres.

Ensuite ?

Direction l’Ouest, chez mon oncle, Jacky Robin, qui ne veillait que sur une petite douzaine de pensionnaires. Là, j’ai enfin goûté aux joies de la compétition, avec trois gagnants, en deux ans, et de nombreuses places.

Vous n’êtes pas resté…

Non. De retour à Maisons-Laffitte, j’ai eu la chance de pouvoir travailler pour Jean-Paul Gallorini, qui m’a tout de suite fait confiance. Pour lui, j’ai enregistré mon premier succès à Auteuil, en 1998, avecTwo Much. Il y en a eu quatre ou cinq autres, en un an et demi, où j’ai également disputé mes premiers quintés et mes premières épreuves de Groupe. Même sans chances, c’est valorisant d’être au départ d’un « Renaud du Vivier », quand on est gamin. Mais, vous connaissez Jean-Paul, il y a toujours des hauts et des bas, avec lui, ce qui ne retire surtout rien à son talent.

Du coup ?

J’ai rejoint l’équipe de Thierry Civel, chez qui j’ai perdu ma décharge. Mais, au bout de trois ans, alors que nous avions une grosse « cavalerie », l’effectif s’est réduit, et la mentalité a changé, à l’écurie. Je ne m’y plaisais plus véritablement. Je suis allé chez mon oncle, Bernard Beaunez, pour qui je n’avais jamais cessé de me mettre en selle, et, à l’époque, nous avions quelques sujets qui allaient bien, et les résultats ont suivi. Malheureusement, le contingent ne s’est pas étoffé.

D’autres professionnels font régulièrement appel à vous ?

Oui, depuis 2000 ou 2001, Patricia Alexanian, qui s’appelle désormais Butel et qui est devenue ma compagne, Emmanuel Clayeux, chez qui j’ai « bossé » durant douze mois, et Hervé Billot, mon actuel patron. Cela marche bien, pour lui, et ça marchait bien, pour moi, avec quelques belles « cartouches » en réserve. Le « coup con », mais on connaît les risques du métier. Je m’étais déjà fracturé des vertèbres, la mâchoire, cassé une omoplate… Notre quotidien. Si on le refuse, il faut se tourner vers autre chose.

Avez-vous d’autres passions ?

Non. Je suis casanier. Je préfère aller aux courses l’après-midi qu’en discothèque le soir. Mon plaisir, les jours où je ne monte pas, c’est d’aller voir les poulains et les yearlings, au pré. Et j’aime mon boulot.

La saison avait bien démarré…

C’est vrai. Mais j’ose espérer que tout repartira. Maintenant, on ne sait pas quand, on ne peut jurer qu’il n’y aura pas une fourbe appréhension qui va se glisser au départ, lors de mon retour en piste. Je ne le pense pas, mais on n’est jamais sûr de rien. Une fois autorisé à remettre le pied par terre, combien de temps va-t-il falloir pour que je puisse reprendre toutes mes activités normales ? Je préfère ne pas me livrer à des pronostics… tout en espérant que le délai sera le plus court possible. Mais j’ai le moral, je crois que j’aurai la patience indispensable.

Une envie immédiate, si c’était possible ?

A votre avis ? Remonter à cheval !