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Steven COLAS | 13/10/2010

Hors du commun...

Hyper doué, il était un grand espoir des courses plates, après l’école AFASEC du Moulin à Vent, avec Mathieu Boutin pour maître d’apprentissage. Mais, beau gosse, bien bâti, donc « ossu », et grand (1 mètre 78), il est devenu, forcément, rapidement trop lourd pour le plat… Un break dans l’Ouest, histoire de réfléchir… Nouvelle orientation : l’obstacle, où le poids est un moindre ennemi. En 2008, Auteuil est ébloui. Le « gamin » survole les haies, il fait valoir aux autres sa science du train, il vient les coiffer sur le fil après avoir attendu en queue de peloton, sa position à cheval fait la différence dans les ultimes foulées. Et puis, il tombe… Il tombe encore…. Il remporte tout de même la Grande Course de Haies d’Auteuil, avec Œil du Maître, pour Jean-Paul Gallorini… En juin, il est en tête de la course à la Cravache d’Or, avec deux succès d’avance sur Christophe Pieux et Jacques Ricou, avant une nouvelle chute... Le « petit nouveau » n’a que 20 ans… Il s’appelle Steven Colas.

Mais, le 22 octobre 2009, il confirme à son patron de l’époque, Jehan Bertran de Balanda, qu’il mettait un terme  - prématuré - à sa carrière…

Un an a passé et, dimanche 10 octobre 2010, à Auteuil, Steven Colas prend la troisième place du Prix Carmarthen, Groupe III sur les haies, avec Viotti, toujours pour Jean-Paul Gallorini…

 

Que de revirements…

Oui. Et ce n’est peut-être pas fini…

Que s’est-il passé, l’an dernier ?

J’ai lu, et entendu, beaucoup de choses… Du style « J’ai toutes les chances, je monte de bons chevaux, je touche pas mal d’argent… » C’était vrai. Mais j’ai reçu des  « claques » toute l’année, j’ai pris de grosses « crêpes ». Je me suis fracturé les vertèbres, un coude, les côtes, la cheville… Sans parler des saisons précédentes, qui m’avaient valu hémorragie cérébrale, traumatismes multiples…

Dégoûté ?

Ce n’est pas le mot… J’ai grandi avec les chevaux. Mon père était jockey. Quand il a rangé ses bottes, il avait cinquante fractures… Quelques-uns de mes meilleurs amis, d’anciens pilotes, sont maintenant infirmes… Et la mort, dimanche 18 octobre 2009, de Guillaume Javoy, que je connaissais un peu, a été l’une des gouttes qui a grossi le ruisseau de mon intention d’arrêter…

La peur ?

C’est ce que beaucoup de gens ont dit… Ce n’est pas tout à fait exact. Je n’avais plus le cœur « à y aller », je ne ressentais plus l’envie. J’avais l’impression d’avoir montré ce que j’avais à montrer, d’avoir prouvé ce que j’étais capable de faire. Sans me lancer de fleurs, je crois que je pouvais devenir le meilleur… Mais, pour résumer, on peut dire crûment que, c’est vrai, quelque part, j’avais « la chiasse », que je redoutais la monte de trop…

Qu’avez-vous fait, ensuite ?

Je me suis accordé quelques mois, pour tout mettre en place dans ma tête. J’adore la pêche… Et puis, je suis retourné, à Senonnes, chez Xavier Guérot, chez qui j’avais commencé l’obstacle. J’y monte tous les matins, à l’entraînement, et puis je me suis remis en selle en compétition, en plat, cet été… Avec mon poids, ce n’était possible qu’avec les AQPS… Mais je voulais me tester.

Pourquoi ?

Pour voir ce que j’allais ressentir.

Alors ?

Alors j’ai vu que j’ai tout de même ça dans le sang, qu’il m’était très difficile de tirer un trait sur la casaque.

Quelles sensations, dimanche, à Auteuil ?

Bonnes. C’était un plaisir de retrouver l’hippodrome. Je me suis régalé, dans le Groupe III, même si je n’ai pas gagné. Mais, bien que n’ayant pas grossi, j’avoue que je n’ai pas encore retrouvé la condition. Pour être au top de sa forme, il faut beaucoup monter en course. Mais je ne me fais pas de soucis, je devrais vite la retrouver. Ce n’est pas un problème.

C’est le « vrai » retour, cette fois ?

Je laisse le temps au temps. J’attends la suite des événements. On va voir si je suis sollicité par des entraîneurs…

Vous avez un « agent » ?

Non. Ceux qui veulent faire appel à mes services me téléphonent.

Envisagez-vous de revenir vous installer en région parisienne ?

Non. Je suis marié et, avec Audrey, nous sommes trop bien en Mayenne. La vie « parisienne » ne me tente pas…

Rester à Senonnes ne représente-t-il pas un désavantage ?

Ce n’est tout de même pas le bout du monde. Beaucoup de jockeys d’obstacle viennent de province. Pieux a longtemps habité à Pau…

Mais, si vous ne montez pas beaucoup, comment allez-vous vous en sortir, financièrement ?

Ca va… On se débrouille, on fait comme tout le monde.

C’est bien la seule chose que Steven Colas fasse comme tout le monde. Parce qu’il n’est pas comme tout le monde. Dans tous les sens du terme, Steven Colas est un jockey hors du commun.