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Williams SARAIVA | 20/08/2010

J'ai, parfois, l'impression de rêver...

Il a remporté son premier quinté le 30 juin 2010 à Maisons-Laffitte, en, selle sur Liebermann, avec lequel, dimanche 15 août, il allait finir quatrième de celui du Grand Handicap de Deauville. C’était sa neuvième participation à un « événement ». Entretemps, il y a eu des victoires, comme son coup de deux du 8 juillet à Deauville, avec Lisselan Castle puis Lisselan Pleasure et, depuis, ce nouveau succès, jeudi 18 août à Clairefontaine, avec  Lisselan Amazon. Bien que discret, il commence à faire de plus en plus parler de lui, et de sa « patronne », Jennifer Bidgood. Pourtant, à 22 ans, Williams Saraiva n’a encore que le statut d’apprenti…

Comment tout a-t-il commencé ?

J’étais très sportif, et je me partageais entre le foot, le basket, le hand, jusqu’à ce que je découvre les courses de poneys. Mes parents n’ont fait aucune difficulté à ce que j’entre à l’Ecole AFASEC du Moulin-à-Vent, à Gouvieux.

La suite ?

J’ai d’abord eu Jean Parra, ancien jockey, poids très léger, devenu entraîneur, comme maître d’apprentissage. Il était super, il m’a appris beaucoup de choses, mais il a mis un terme à sa carrière.

Alors ?

Je suis entré au service, à Deauville, de Stéphane Wattel, pendant deux ans et demi. Tout se passait très bien, il m’a fait beaucoup monter, et j’ai gagné 26 courses, dont des « B », pour lui.

Pourquoi l’avoir quitté ?

Jennifer Bidgood, une Irlandaise qui s’était installée entraîneur en Espagne, où elle a rencontré un propriétaire américain, Mr Blackburn, avait décidé de s’établir en France. Mr Blackburn a racheté le haras du Bouquetot en Normandie. Jennifer Bidgood avait besoin d’un premier jockey, et elle m’a fait une proposition. Il n’était pas question que j’abandonne ma place pour des projets utopiques, et nous avons tout bien mis au point, cartes sur table. Dès lors, j’étais tenté par l’aventure et, en novembre 2009, j’ai rejoint son équipe. Nous sommes une dizaine de salariés, dont 8 sont à cheval tous les matins, pour 36 chevaux. Jennifer, elle, quand elle n’est pas trop prise par le côté « administratif » se met en selle de temps à autre, pour se faire plaisir.

L’association a l’air de bien fonctionner…

Jennifer a signé 9 victoires en 2009. Nous en sommes à 24, cette année.

A quoi cette réussite est-elle due ?

Quand Jennifer est arrivée en Normandie, elle ne maîtrisait pas encore tout à fait nos façons de travailler, en France, le choix des engagements, la préparation proprement dite des pur-sang pour des objectifs donnés. Malgré ma faible expérience, j’ai mis tout mon savoir à sa disposition, nous discutons beaucoup, échangeons nos points de vue. Au début, c’était un peu tendu, mais nous avons désormais trouvé le bon rythme, et il n’y a jamais de « prises de tête », même quand nous sommes déçus par un résultat. Après avoir engagé, ensemble, elle me laisse choisir mes montes, quitte à ce que j’aille plutôt en province qu’à Paris, où elle convoquera un autre jockey.

Et en quelle langue parlez-vous ?

En anglais. Ou en français. Parfois, mi-anglais, mi-français…

Vous connaissiez l’anglais, avant de travailler pour elle ?

J’avais un niveau scolaire. Mais Jennifer m’a fait donner des cours. Mieux, même…

Que peut-il y avoir de mieux ?

De fin janvier à début mars, elle m’a envoyé aux Etats-Unis, à Miami. Pour que je me perfectionne au niveau vocabulaire, bien sûr, mais aussi pour que je découvre l’entraînement et les courses américains.

Bonne expérience ?

Extraordinaire. Grâce à un agent, ami de Mme Bidgood, j’ai pu monter, le matin, chez David Fawkes, et aussi chez d’autres professionnels. On est à cheval de 4 heures à 10 heures, pour 7 à 10 lots. Chacun dure une quinzaine de minutes, pas plus. Le poulain, qui avait été préparé par un lad, est récupéré par un autre, brossé, bichonné, une fois le galop terminé… Incroyable.

La journée terminée à 10 heures, cela laisse du temps libre…

C’est vrai, et j’ai parfois pu profiter de la plage. Mais je me suis rendu aux courses pratiquement tous les jours. En cette période, où il fait beau alors que le froid règne en France, c’est le grand meeting, en Floride, et il n’y a « relâche » que les lundis et mardis.

Avez-vous participé à des compétitions ?

J’ai eu cette chance, oui. Une fois « nulle part » et une fois quatrième. Des souvenirs formidables… L’hiver prochain, si tout va bien, je pense pouvoir aller à New-York…

Jennifer Bidgood est vraiment une bonne patronne…

Oui. Je ne la remercierai jamais assez. Je me rends compte de ma chance, c’est une situation inespérée, pour moi. J’habite dans l’un des appartements de fonction qu’elle a fait construire, à 200 mètres de la cour de l’écurie. Je viens travailler à pied, et je me donne au maximum. Nous avons d’excellents outils : elle a fait tracer une ligne droite, avec deux raquettes et de petits tournants, en sable fibré, de fabrication américaine. Nous avons aussi une piste très « montante », que nous utilisons un jour sur deux, sans aller trop vite pour ne pas « casser » les chevaux, mais qui les endurcit bien. Là, c’est l’entraînement « à l’anglaise ».

Et le propriétaire, Mr Blackburn ?

C’est à croire qu’il se moque des allocations glanées par ses représentants. Lui, ce qui l’intéresse, c’est la beauté du sport, et toutes les victoires le comblent de joie. J’en ai même peur qu’il soit victime d’une crise cardiaque, à l’arrivée d’un modeste réclamer, quand il se met à « pousser »… Il est très agréable et c’est un plaisir de travailler pour lui. Il faut simplement que sa casaque jaune et bleue lui fasse plaisir, qu’il la voie en tête.

Il est à l’origine du label « Lissian » de vos partenaires ?

Oui. C’était Lisselan Farm, mais, depuis qu’il s’est porté acquéreur du Haras de Bouquetot, on lit « Haras de Bouquetot », dans la colonne « propriétaire ».

Vous avez beaucoup de responsabilités, au sein de cette écurie… N’est-ce pas lourd à porter ?

Si, bien sûr. Sur le moment, je me suis dit que c’était un « gros truc » qui me tombait sur les épaules, d’un coup. Mais je crois avoir appris à gérer la pression.

Vous totalisez 60 succès. Passer le cap des 70, et, donc, devenir professionnel est-il un objectif ?

Non. Cela viendra quand cela viendra. Le principal, c’est de bien faire mon travail, de continuer à collaborer étroitement avec Jennifer pour atteindre les meilleurs résultats possibles. Elle m’a fait confiance depuis le début, et j’affronte régulièrement les « pros ». Ce n’est pas un problème. Je ne dis pas que je n’aimerais pas remporter des Groupes, mais, ce qui m’importe, c’est de mériter ma place…

D’autres passions ?

J’ai toujours adoré le sport. Et je suis comme tout le monde, j’apprécie un bon restau – même si je dois faire attention, car je mesure 1,75 mètre pour 53 kilos –, un « ciné » ou une soirée en boîte, mais j’avoue que suis tellement à mon travail que je n’ai plus vraiment le temps. Mais je ne regrette rien. Ce que je vis actuellement me tient tellement à cœur que j’y consacre toute mon énergie.

A ce point ?

C’est toujours ce que j’ai désiré faire. Cela m’arrive à 22 ans. C’est une place de rêve,  j’ai, d’ailleurs, parfois l’impression de rêver, et je ne voudrais surtout pas… me réveiller !