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Bertrand LESTRADE | 13/08/2010

Le funambule aux pieds sur terre...

Il fêtera ses 21 ans le 18 août, mais il s’est déjà offert son cadeau, avec l’aide de son patron, Guillaume Macaire, le dimanche 8 août à Vittel : un nouveau « coup de trois », après celui qu’il avait déjà signé, sur le même hippodrome, en 2009. Et ce « coup du chapeau » avait une saveur toute particulière puisque Bertrand Lestrade a commencé par gagner en haies, avec le 4 ans Marquis de Carabas, puis a remporté le Grand Steeple-Chase de la ville avec Alfieri, avant de s’imposer, en plat, dans une épreuve réservée aux AQPS, en selle sur Saccageur

Vos parents avaient-ils un lien avec les courses ?

Absolument pas. Nous habitions Marseille, mais nous avons déménagé à Bagnères-de-Bigorre avec, pour moi, en « compensation promise », une inscription dans un poney club. Les poneys, d’abord, puis de « vrais » chevaux… La vitesse, les sensations… J’avais trouvé ma voie.

Ecole AFASEC, donc…

Celle de Mont-de-Marsan, avec François Rohaut pour maître d’apprentissage. Chez lui, j’ai monté une centaine de fois, en plat, pour une bonne quinzaine de victoires. Mais mon poids est devenu très préoccupant, et je me suis tourné vers l’obstacle. J’ai rejoint l’équipe de Jacques Ortet, pendant dix mois, pour 6 succès durant l’été et 2 en hiver. Mais j’avoue que, même si l’obstacle m’a tout de suite enthousiasmé et que je le préfère au plat, j’ai eu beaucoup de doutes, lors de cette période de transition. J’ai même songé à arrêter. Mais je me suis accroché. Il ne faut jamais baisser la garde.

Vous êtes désormais au service de Guillaume Macaire…

Depuis un an et 4 mois. En 2009, j’ai enregistré 42 gagnants et j’en suis à 27, cette saison. Quand on a les bons chevaux, c’est plus facile.

Guillaume Macaire n’est-il pas un patron très exigeant ?

Avec lui-même, pour commencer. Il cherche continuellement la perfection. Il fonctionne au feeling, il  « sent » ses pensionnaires. Il choisit les qualités d’un jockey et les aptitudes d’un sauteur, et il les met bout à bout, pour que le rendement soit maximum. Il travaille ses chevaux en fonction de  leurs caractères propres, parfois deux par deux, parfois seuls, parfois en groupe… Alors, de temps à autre, quand quelque chose ne va pas, il a le droit d’hurler… Mais, d’après ce qu’on m’a dit, il est beaucoup moins « bouillant » que par le passé. Il est très pédagogue, est ouvert au dialogue, et on peut communiquer, avec lui. En fait, son contact est très enrichissant, et son comportement m’incite à essayer, sinon de le reproduire, tout au moins de m’en inspirer.

Vous faîtes beaucoup de « province »…

C’est la meilleure école, et les « parisiens » l’oublient quelquefois un peu. Faire ses classes sur de petites pistes, qui « tourniquent », cela aide à franchir des paliers.

Benoît Giquel, qui était là depuis très longtemps, a quitté Guillaume Macaire, Jacques Ricou est revenu, votre patron a d’autres pilotes…

Mais il n’y a pas de premier jockey, à l’écurie. Chacun a « ses » montes, j’ai les miennes, à moi de ne pas les perdre. Un jour, le boss nous a réunis et nous a dit : « nous sommes tous dans le même ascenseur. Mais c’est moi qui appuie sur les boutons et décide qui monte ou qui descend… ». Et c’est effectivement ce qui se passe.

N’aimeriez-vous pas être le premier jockey, cependant ?

Non, à mon âge, en tête de l’écurie Macaire, ce ne serait pas possible. Bien sûr, on peut penser qu’on « n’arrive » jamais assez vite en haut de l’affiche. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Si je progresse, c’est grâce à lui, à moi et à mon boulot. Je travaille et m’applique au maximum, je deviens plus sûr de moi. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas d’ambitions : j’espère décrocher une Cravache d’Or, un jour…

Vous avez déjà remporté 3 Groupes, à Auteuil…

Avec Bel la Vie, pour Guillaume Macaire. J’ai également terminé quatrième du Grand Steeple-Chase de Paris, avec Ramses Bleu, pour Guy Chérel…

Le patron vous laisse monter pour l’extérieur ?

Oui. Il surveille, toutefois, les montes que j’accepte, et je ne suis pas fou non plus. Mais quand on est appelé par des professionnels comme Guy Chérel, un homme qui me fascine, tout comme Guillaume Macaire, il n’y a, en principe, pas de souci. Même les chevaux moyens sont très mécanisés.

Cela n’empêche pas toujours les chutes…

C’est le risque du métier, tout le monde le sait. Pour l’instant,  j’ai été plutôt épargné : une contusion d’un genou, à Bordeaux, qui m’a valu 5 jours d’arrêt, et une fracture d’un métacarpien, alors que j’allais partir en vacances, et qui était guérie pour mon retour.

Sur un plan privé, vous êtes déjà papa…

Une petite Maëlia, 7 mois. Que du bonheur… Quand on est rentré tard dans la nuit, revenant d’un hippodrome de l’autre bout de la France, on sait pourquoi on se lève tôt, le lendemain. On assume des responsabilités qui vous murissent. Etre mature et prêt, jeune, sont des points de force, pour l’obstacle. De même, pour réussir sa vie professionnelle, je crois qu’il faut aussi réussir sa vie privée. Trouver la stabilité chez soi pour garder un certain équilibre. Je me sens bien auprès de ma femme, Adeline, et de ma fille. Nous louons une maison, aux Mathes, à côté de La Palmyre, et, si tout va bien, nous envisageons d’acheter, l’an prochain.

Des loisirs ?

Non. Ma première passion, c’est le cheval. Ma vie est centrée sur mon métier. Pour réaliser une carrière digne de ce nom, sur 10, 12 ou 15 ans, il faut s’y vouer à 200%. Ce que je fais. Sinon, quand j’ai un peu de temps, occasionnellement, je joue au squash, vais faire une balade en Jetski ou encore une sortie « accrobranches ».

Les jockeys d’obstacle sont des funambules. Mais celui-ci a bien les pieds sur terre.