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Jean Bernard EYQUEM | 31/05/2010

Pas de regrets, des espoirs...

Plus au cœur de l’actualité, tu meurs… Jean-Bernard Eyquem a été au centre de toutes les polémiques après sa victoire, le 16 mai, dans la Poule d’Essai des Pouliches, dont il s’est vu privé après une très longue enquête, avec, à la clef, une sévère sanction. Quelques jours plus tard, il remportait le Grand Prix de Bordeaux, en selle sur son cheval de cœur, Young Tiger, et ce lundi 31 mai, il était au siège de France Galop, à Boulogne, reçu par les commissaires, suite à l’appel qu’il avait interjeté. A 35 ans, il fait le point. Sur tout…

Comment tout a commencé ?

Habitant la Teste, à 6 ans, je me rendais régulièrement au Poney-Club. L’hippodrome était à un kilomètre, à vol d’oiseau, du centre équestre. J’ai découvert les courses. Tilt ! A 7 ans, je me suis essayé, à l’entraînement, chez un entraîneur local, Jean-Claude Maurand. Là, ma décision était irrévocable : je serai jockey.

Alors, l’école AFASEC de Mont-de-Marsan ?

Non. Jean-Claude Maurand avait un ami qui avait été apprenti chez Pierre Biancone. Le téléphone a fonctionné. Je suis entré au Moulin-à-Vent, à Gouvieux, avec Patrick Biancone comme maître d’apprentissage.

Bonne école, non ?

Et comment ! Le matin, je galopais avec Olivier Peslier, Domique Bœuf, Gérald Mossé, Eric Legrix et William Mongil… On ne peut rêver mieux. Patrick était un grand formateur de pilotes. J’ai assez rapidement perdu  ma décharge.

Notre première interview, nous l’avions réalisée à Evry, ce n’était pas hier, et déjà, vous manifestiez votre désir de « bouger »…

Oui. J’aurais bien suivi Patrick Biancone, quand il est parti à Hong-Kong. Mais je n’avais pas encore 18 ans, et les formalités étaient compliquées. Du coup, j’ai été embauché par Nicolas Clément.

Du changement ?

Plus que cela. Chez les Biancone, c’était « la famille ». Chez Nicolas Clément, qui façonnait aussi des jockeys, c’était différent. Il fallait plus de rigueur, plus de sérieux. Il nous inculquait l’amour du travail perlé, l’amour du cheval… J’avoue que j’étais un peu perturbé, et que j’ai souvent goûté de sa pointure 46 dans le postérieur. Mais, aujourd’hui encore, je l’en remercie. Son premier garçon, aussi, qui provenait de l’écurie Boussac, une référence, m’a aussi asséné quelques cous de pompes dans le derrière… J’étais tête en l’air, insouciant. Ce furent de bonnes leçons.

Ensuite ?

Je suis retourné dans mon Sud-Ouest natal. Je suis un bon vivant, j’ai connu quelques problèmes de poids. Christophe Pieux, qui résidait dans la région de Pau, à l’époque ; m’a conseillé de m’essayer en obstacle. Pourquoi pas ? Je me suis dit : Qu’est-ce que je risque ? Je vais essayer, au moins une fois… ». J’y ai pris goût. Moi, au départ, je voyais cela comme un amusement. François Rohaut, mon nouveau patron, lui a vu en moi un espoir dans la discipline. Et je me suis pris au jeu. Du coup, de 2000 à 2003, j’étais sur les « balais ». J’ai eu la chance d’être associé à des très bons sauteurs, comme Gun and Roses ou Mon Romain, en tant qu’apprenti… 69 victoires et 4 courses de Groupe. Pas ridicule.

Et vous êtes revenu en plat ?

Si je fais « gaffe », je peux me mettre en selle à 54 kilos. Et, aujourd’hui, je me sens comblé. 8 Groupes à mon palmarès, et, samedi dernier encore, mon cheval de cœur, Young Tiger, pour lequel je n’ai plus de superlatifs, m’a emmené au paradis. Au niveau classe pure, j’ai été le partenaire de meilleurs que lui. Mais pas un n’avait son cœur, ni n’a eu sa longévité. Nous avons enlevé le Défi du Galop 2009, il reste sur 6 succès consécutifs. Un rêve.

Comment occupez-vous vos loisirs ?

Ah… En fait, je suis très respectueux des traditions du Sud-Ouest. J’aime bien assister à des corridas, l’été, aller à la chasse à la palombe – et j’ai toujours assumé tout ce que je disais, n’en déplaise aux détracteurs -, les barbecues avec les copains, comme Thierry et Blandine, les parties de pétanque, les bons apéros, et je n’ai pas honte de les apprécier… Bref, la « bonne » vie, comme je la prends.

Les amis sont importants, pour vous ?

Oui. Olivier Peslier, qui me reçoit quand je viens à « Paris », compte énormément. Il a toujours été d’excellent conseil. J’étais trop fougueux, trop « nature »… Si je l’avais écouté, j’aurais peut être réalisé une autre carrière. Mais je ne regrette rien. En comptant l’Espagne et l’étranger, je compte plus de 800 victoires, en plat. Pas mal.

Votre avenir ?

A mon âge, je ne vais plus « prendre la route ». Je me sens très bien à Pau, où j’ai trouvé un équilibre, à tous les niveaux. François Rohaut est devenu  un ami, ce n’est pas pour rien que je l’appelle « Papa ». Les propriétaires qui nous font confiance sont des hommes de chevaux et de « parole ». Après la Poule d’Essai, ils m’ont offert le champagne, en me « consolant ». Beaucoup d’autres auraient hurlé…

Et, d’après-vous, sur quoi va aboutir votre « appel », auprès de France-Galop ?

J’en sors. Les 4 jours, dus à mon usage abusif de la cravache, vont être maintenus. Normal. Le règlement, c’est le règlement. En revanche, les 2 jours qui m’ont été infligés, pour l’incident survenu à 80 mètres du poteau, j’ai bon espoir qu’ils soient balayés. Kieren Fallon lui-même a reconnu que je n’y étais pour rien

De l’encre amère a coulé, dans certaine presse spécialisée, après votre rétrogradation…

Elle m’a fait très mal. Et tous les jockeys dits « provinciaux » se sont sentis insultés. Un type peut briser votre carrière, auprès des propriétaires ou des entraîneurs, assis derrière son écran, en écrivant simplement que vous n'avez pas la pointure, parce que vous venez de Pau. 

Vous n’avez pourtant pas répondu…

Il faut savoir se montrer plus intelligent qu’un journaliste qui déploie des statistiques erronées et qui ne connaît pas la réalité du terrain. Monter à Longchamp, même un Groupe, ou sur tout autre hippodrome « parisien », avec leurs larges pistes, est beaucoup plus simple que de participer à un handicap, réunissant 20 partants, à Dax ou Mont-de-Marsan. Et des « provinciaux » tels Joël Boisnard, Jean-René Dubosc, Goulven Toupel ou encore Ioritz Mendizabal, n’ont plus à faire leurs preuves, non ?

En revanche, Ronan Thomas, en tant que Président de l’Association des Jockeys, a usé de son « droit de réponse »…

J’en ai été le premier surpris. Et son billet était très bien tourné. Je ne leur passe pas de la pommade, mais les dirigeants de l’ « Asso » se remuent, pour des blessés, des litiges, ou tout autre sujet « brûlant ». Super.

Prochain objectif ?

Le 18 juin, à Ascot. Les Coronation Stakes. J’espère bien que certains stylos n’auront plus d’encre…