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Hakim TABET | 23/03/2015

"J'ai eu la folie de la casaque"

Jockey chez Yannick Fouin depuis 5 ans, Hakim Tabet connaît une belle réussite en ce début d’année et ne devrait par tarder à perdre sa décharge. Il pointe son nez dans le top 10 du classement des jockeys d’obstacles, c’est l’occasion de revenir sur son parcours atypique.

D’où tenez-vous votre passion pour les chevaux ?

J’ai grandi à Bourges où j’ai commencé à monter dans un club hippique. J’ai tout de suite eu de bonnes sensations à cheval et adhéré à la discipline du concours complet. J’ai suivi une filière classique au lycée tout en montant à cheval en parallèle. Petit, je voulais être jockey mais je me disais que c’était impossible comme devenir docteur ! Je ne savais pas comment m’y prendre.

Quelle a été la suite de votre parcours ?

Dès mes 18 ans, j’ai trouvé du travail dans un haras en Normandie qui gérait des chevaux de sport mais aussi des jeunes chevaux destinés aux courses pour du pré-entraînement et du débourrage. J’ai de suite adoré dresser des poulains, leur donner confiance en l’homme. Les chevaux de course me plaisaient vraiment. En plus j’adorais faire des canters en ayant cette sensation de vitesse et de montée d’adrénaline.

Comment êtes-vous arrivé dans le milieu des courses ?

Grâce à des connaissances du milieu du concours complet qui m’ont permis de réaliser mes premiers canters chez un permis d’entraîner en Normandie. En 2008, j’ai décroché mon téléphone pour joindre Jean-Paul Gallorini. J’entendais que du bien de cet entraîneur, j’ai décidé de tenter ma chance.

Comment se sont passés vos débuts ?

Il m’a demandé quel poids je faisais. J’ai répondu 54kg et il m’a tout de suite dit « ah c’est un bon poids pour monter en course ça ». Dès le début cela s’est très bien passé, j’ai vite progressé même si au début je savais à peine faire un canter ! Mais j’ai donné mon maximum et un après il m’a donné ma licence.

C’était une nouvelle étape dans votre carrière n’est-ce pas ?

Oui, c’était un nouveau chapitre de ma vie. J’ai eu la sensation d’avoir vraiment trouvé ma voie. J’étais tardif, je me cherchais jusqu’alors… Mais en devenant jockey j’ai su que j’avais trouvé ma place. Au bout de sept sorties en compétition j’ai remporté ma première course, c’était à Cagnes-sur-Mer.

Est-ce que cette victoire a lancé votre carrière ?

Disons que j’ai prouvé que j’étais capable de gagner mais j’avoue que j’ai eu la folie de la casaque… Quand on gagne une fois, on veut que ça recommence le plus vite possible. J’ai voulu monter trop vite, faire comme les grands. Je ne voulais pas patienter, je voulais être comme les autres grands jockeys.

Quelle conséquence cela a eu pour vous ?

J’étais frustré. Au bout de 2 ans chez Jean-Paul Gallorini j’ai décidé de partir en province, dans l’Est. Je n’ai pas été très malin. J’étais prêt à monter n’importe quel cheval, j’ai connu du bon, comme mes premières courses en cross, et du moins bon, notamment mes premiers accidents en course. À ce moment-là, j’ai pris conscience des risques du métier.

Puis vous avez décidé de revenir en région parisienne, au bout de quelques mois. Pourquoi ?

Je me suis rendu compte que la vie parisienne me manquait. Je suis arrivé chez Yannick Fouin car son écurie m’attirait. Mais à mon arrivée cela n’a pas été facile, il y avait beaucoup de jockeys il a fallu s’intégrer.

Comment ?

Cette fois je n’ai pas fait la même erreur, j’ai été patient. Je manquais beaucoup de métier mais avec le temps j’ai réussi à m’imposer. Je me suis montré persévérant, coriace et au bout de 5 ans ça finit par payer. J’ai compris que les meilleurs sont ceux qui restent dans le temps.

Êtes-vous satisfait de la carrière que vous menez ?

Oui, j’ai appris à encaisser les contrariétés et les frustrations, ça a finit par payer. Je sens que j’ai franchi un cap depuis la fin de l’année dernière. Mes excès de caractère sont derrière moi.

Un cheval est aussi important dans votre carrière, n’est-ce pas ?

Oui, il s’agit d’Obelio Mamaca. Il m’a permis de remporter ma première victoire à Auteuil mais aussi mon premier quinté cet hiver à Cagnes-sur-Mer. C’est un cheval fougueux que j’ai d’abord façonné en province. Il a du potentiel mais seulement quand il veut, je m’entends bien avec lui en fait…

 

Source : coursesepiques.com - Propos recueillis par Marion Dubois