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Ludovic PHILIPPERON | 06/10/2012

Rien à cacher !

Il a un nom qui « sonne », dans le milieu des courses, mais cela ne suffit pas pour passer le poteau en tête. Il l’a fait à 13 reprises, cette année, avec deux quintés à Auteuil en point d’orgue, et, pour tous les observateurs avertis, il est l’un des grands espoirs de l’obstacle. Pourtant, il se destinait au plat et, il l’avoue volontiers, il lui a fallu se battre contre lui-même. A 24 ans, Ludovic Philipperon n’a « rien à cacher »…

Etes-vous de la famille de Maurice Philipperon, qui fut, longtemps, un jockey vedette ?

Oui. Il était le frère de mon grand-père. Jean-Pierre Philipperon, qui avait fait carrière en obstacle, était aussi mon « grand-oncle ».

C’est eux qui vous ont donné le goût des courses ?

Non. A l’école, je n’étais pas très « perfectionniste ». Je regardais le tiercé, à la télé, après le journal de Claire Chazal. Mes « oncles » m’ont dit : « Tu as la taille et le poids d’un jockey… Essaye ! »

Chose dite, chose faite ?

Et pourquoi pas ? Nous habitions la campagne, à côté de Toulouse, l’école AFASEC la plus proche était celle de Mont-de-Marsan. J’y suis allé passer des tests, qui se sont avérés positifs.

Montiez-vous à cheval, ne serait-ce que dans un cercle hippique ?

Pas du tout. A Mont-de-Marsan, j’ai essayé, une fois…

Vos parents avaient-ils un lien avec les courses ?

Aucun. Mon père est entrepreneur, dans le bâtiment, et ma mère, artificière…

Dans l’armée ?

Non. Elle tire des feux d’artifice, notamment ceux de Fort Boyard… Gosse, pour le 14 juillet, j’avais des pétards et des « fleurs de lumières » invraisemblables, que m’enviaient tous les copains…

Des ennuis avec la Maréchaussée ?

Non. Nous étions... sous surveillance. Pas de problèmes.

Revenons-en à Mont-de-Marsan…

Mes oncles ont insisté pour que je rejoigne la région parisienne, et Le Moulin-à-Vent, à Gouvieux. Pour eux, c’était autre-chose que la province. Je me suis exécuté. Mais, je ne le nie pas, le fait que je m’appelle Philipperon a beaucoup aidé à mon admission, même si j’y ai mis les pieds en dernier, les autres élèves étant déjà en place.

Et « roule ma poule » ?

Pas du tout. Je tombais, au trot… Il m’est même arrivé de seller un pur-sang « à l’envers »… Je me sentais isolé, loin de ma famille, de mon frère aîné comme de mon cadet. Combien de soirs, dans cet internat où je dormais dans des salles où je ne connaissais personne, me suis-je retrouvé en pleurs. J’avais 14 ans, je téléphonais à ma mère pour lui dire que je voulais rentrer, qu’on se moquait de moi… J’avais débarqué dans un monde inconnu. Mes parents ont été très fermes : il n’en était pas question. Mon expérience leur coûtait assez cher pour que je la poursuive encore… J’ai passé Noël au pensionnat, mais des garçons comme Jonathan Nattiez où Jérôme Lermyte m’ont aidé à tenir le coup

Maître d’apprentissage ?

Christiane Head. Logiquement…

Comment cela, logiquement ?

J’avais rejoint l’école en septembre, et, vu mon niveau, il n’était pas raisonnable de m’envoyer chez Madame Head. Je suis donc resté à l’AFASEC, avec André Pommier (NDR : ancien super jockey) comme professeur. Il m’a inculqué les bases. Autant il aimait ce qu’il faisait, autant il aime apprendre aux autres. Et, quand il m’a jugé apte, en janvier, me semble-t-il, il m’a envoyé chez « Criquette ». Là, tout a changé. J’ai vite assimilé, les chevaux de ma patronne m’enseignaient beaucoup plus que ceux du « Moulin », j’ai commencé à véritablement prendre goût à mon orientation. Je participais à ma première course « école », en mai, sans succès mais en ayant découvert beaucoup de choses, et j’ai terminé troisième de la deuxième. Cela dit, j’ai eu 15 montes, pour elle, qui n’ont pas été vraiment concluantes. Je suis resté durant les 4 ans d’apprentissage, chez Madame Head.

Ensuite ?

J’ai été embauché chez Jonathan Pease, un homme formidable, que seuls ceux qui ne le connaissent pas peuvent critiquer. J’y ai réalisé une « mini-carrière » de plat, avec 9 victoires à la clef.

Pourquoi « mini » ?

Parce que le poids m’a rattrapé. Si je ne mesure qu’1 mètre 70, je suis très « ossu ».

L’obstacle, alors ?

Non. Je n’avais jamais « sauté ». Je suis redevenu garçon d’écurie durant deux ans. Dans ma tête, c’était fini, la compétition, mais je ressentais un grand vide.

Et puis ?

Pour des raisons personnelles, j’ai voulu retourner chez Criquette, en mai 2009. J’aimais l’ambiance, chez elle, et c’est une femme en « or ». Là aussi, jusqu’en octobre, je n’ai officié qu’en tant que lad et cavalier du matin.

Quel a été le déclic ?

Il est né d’une anecdote. Un matin, je faisais effectuer un « galop », sur le gazon, à un bon poulain. Brusquement, il s'est dérobé, a sauté un fusain imprévu, et je suis tombé… La patronne a accouru, pour se rendre compte de mon état, et quand elle m’a vu rire, elle a lancé : « Tu n’as plus qu’à te mettre à l’obstacle ! ». J’ai répondu « Chiche ! ». Et, le 3 décembre 2009, je rejoignais le staff de Robert Collet.

Hop, hop ?

Là encore, je me suis mis très vite dans le coup. Mais je n’ai pas participé au meeting de Cagnes-sur-Mer, c’était un peu tôt. Pour ma première monte, à Enghien, j’ai conclu 3ème, le jour de la réouverture, avec un cheval qui restait sur 6 « arrêté » et un « tombé ». Il faut dire qu’Ervan Chazelle m’avait communiqué beaucoup de « ficelles », et qu’Erwan Grall, qui était le responsable de la cour d’Avilly-Saint-Léonard, m’avait donné les « bases ». Il travaille désormais pour Guy Chérel. J’ai enregistré mon premier lauréat au bout de 3 montes, et tout s’est enchaîné.

Score ?

6 en 2010, avec un premier quinté, 13 en 2011, et le deuxième « événement », et, donc, 13, cette année, avec 2 « paris à la carte » à la clef. De beaux moments, surtout que là, apprentis, nous affrontons les jockeys chevronnés à armes égales.

Vous venez de vous imposer pour Thomas Trapenard, avec Niquos, ce jeudi… Robert Collet vous laisse-t-il « carte blanche » ?

Il veut bien me « prêter », mais pas à « tout va ». et il ne me reste plus que 3 succès avant de perdre la décharge. Je suppose qu’il veut encore utiliser mon avantage au poids.

Regrettez-vous le plat ?

Non. Pas de soucis pour honorer un engagement à 61 kilos. Avec le recul, j’ai appris à aimer l’obstacle, il ya plus d’adrénaline, c’est plus long, on peut employer des tactiques diverses, on peut rattraper une bévue en début de parcours…

Des ennuis physiques ?

En novembre 2011, le 27, traumatisme crânien avec 4 heures de coma et hématome au cerveau.

Appréhension, depuis ?

Pas du tout. Je n’avais qu’une envie, reprendre tout de suite. J’ai dû patienter jusqu’au 15 décembre. J’estime que si la peur vous gagne, c’est fini.

Privilège de l’âge, j’ai connu plusieurs générations, avant la vôtre, et quelques « anciens » se donnaient du courage, avant une épreuve, avec quelques verres d’alcool…

Cette pratique est totalement révolue, désormais… Mais je la comprends. Quand, de temps à autre, vous vous rendez dans une discothèque, que vous repérerez une « bombe », vous n’osez pas forcément l’aborder… A la troisième coupe, vous vous risquez à l’inviter à danser.

Beaucoup de « galères » ?

Non. Jamais une veille de réunion. Mais je suis jeune, célibataire, il ne faut pas non plus laisser passer sa vie.

Vous habitez donc seul… La cuisine ?

Oui, vite fait. Un truc au « micro-ondes ». Mais, quand je ne monte pas, je vais déjeuner dans une brasserie, proche de Chantilly, « La Chasse à Cour » pour ne pas la nommer… Le soir, du coup, je fais léger, même si je n’ai pas de problèmes avec la balance…

Des modèles ?

Jonathan Plouganou et Ervan Chazelle. Je citerai encore David Berra. Tous ont leur style. Nous, les « jeunes », avons une position différente, qui nous « aide ». Cela ne retire rien à celle de Cyrille Gombeau ou de mon ami Alexis Poirier, qui est « né » dans l’obstacle, mais qui n’ont pas l’étrier « au bout du pied », et le dos « aérodynamique », comme celui de Gaëtan Masure, par exemple.

Christophe Pieux a tout cela, depuis longtemps…

C’est Christophe Pieux…

Quelles « variantes » ?

J’aime le sport. Je cours pas mal, du foot, et puis le karting, le ski…

Le ski ? Robert est-il d’accord, avec les risques que cela implique ?

Je ne lui demande pas la permission.

Et ?

Le paint-ball…

Comme Olivier Peslier…

Oui. Ses installations sont superbes, et nous font rêver. Nous avons joué contre lui et son équipe. Il n’est pas très fort, il est très, très, très, fort !