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Ronan THOMAS | 24/06/2012

A 1000% !

Jusqu’à ce printemps, il a été le Président de l’Association des Jockeys. Pendant pratiquement dix ans, il s’est dévoué, avec toute l‘équipe, pour atteindre les buts recherchés, tout en menant, de front, sa carrière. Il totalise plus de 500 victoires en France, une quarantaine à l’étranger et, cette saison, il réalise son meilleur début d’année. A 34 ans, Ronan Thomas semble plus fort que jamais.

Vous aviez promis de vous livrer au jeu de l’interview quand vous auriez quitté vos fonctions à la tête du Bureau. Vous tenez parole.

Normal, dans les deux sens. Je ne tenais pas à ce que l’on mélange les genres, le « président » et le cavalier, et que l’on puisse penser que l’un parle pour l’autre, et inversement.

Les turfistes connaissent également votre frère aîné, Aymeric, qui lui est entraîneur… de trotteurs ! Comment se fait-il ?

Mon grand-père paternel avait des trotteurs. Mon père, commerçant en bestiaux, et particulièrement veaux et vaches, a hérité de la passion et il « bidouillait » avec quatre ou cinq sujets, qu’il préparait, en Mayenne, sur sa petite piste de 800 mètres. Un travail d’amateur, sauf que ces représentants couraient en professionnels… Nous avions aussi des poneys et, en fait, Aymeric et moi avons toujours été entourés de chevaux. Si, tout petit, mon frère n’hésitait pas à se mettre en selle, j’avoue que moi, j’étais un peu effrayé par ces animaux. Mais, vers 6 ou 7 ans, cette appréhension s’est estompée, et je suis tombé amoureux des poneys. Comme Olivier Peslier et beaucoup d’autres, j’ai participé à des compétitions. La Fédération des Courses de Poneys existe depuis longtemps, dans l’Ouest et, tous les dimanches, quand certains de mes camarades jouaient au foot, je me rendais à gauche et à droite pour monter.

Est-ce une meilleure préparation, lorsque l’on veut devenir jockey, que l’équitation ou les concours hippiques ?

Je le pense. Je dirais même que c’est l’antichambre de l’AFASEC. On monte « plus court », et les notions de vitesse et de tactique interviennent également. En fait, quand on entre ensuite à l’Ecole des Courses, on est un peu « en avance » sur la plupart des camarades.

Le Moulin-à-Vent, à Gouvieux, pour vous ?

Oui. Avec David Smaga comme maître d’apprentissage. J’ai passé deux très belles années, à tous les niveaux, que ce soit avec les professeurs, les copains, j’ai vraiment aimé et n’en garde que des bons souvenirs. Le fait d’être séparé de ma famille, de mes parents, ne m’a pas traumatisé plus que cela.

David vous a-t-il fait débuter ?

Oui et, à 17 ans, j’ai remporté mon premier succès, à Rouen, associé à Next Winner. Les ordres étaient simples : tête et corde, comme le recommande souvent David quand il sent ses pensionnaires au top. Je suis resté cinq ou six ans chez lui, on commençait aussi à me demander ailleurs, je devais avoir une cinquantaine de gagnants… Mais, là, tout s’est moins bien passé.

C’est-à-dire ?

On faisait moins appel à moi et, vers 21 ou 22 ans, j’ai même failli décrocher. Ce n’était pas de gaîté de cœur, mais il me fallait rebondir.

Pour faire quoi ?

De la « com », et notamment de la « pub », qui m’attiraient.

Vous êtes toujours là…

Mathieu Boutin, qui venait de s’installer, m’a fait signe et m’a envoyé dans l’Est… J’ai repassé le poteau en tête à plusieurs reprises, la motivation est revenue. Mais j’ai quitté David.

Pour aller où ?

Chez Myriam Bollack. Durant deux ou trois ans. C’est là que j’ai perdu ma décharge. Je devais avoir 22 ou 23 ans. Autant dire que, de ce côté-là, je n’ai pas été très précoce. Puis, comme j’avais commencé dans une belle écurie, après avoir vu une structure plus « familiale », j’ai eu envie de découvrir une « grande maison ». Je suis allé frapper à la porte de Christiane Head. Elle a répondu favorablement et j’ai eu la chance de pouvoir remporter mes premières grandes épreuves.

Des Groupes I ?

Non.  Et je n’en ai épinglé aucun à mon palmarès, à ce jour, mais… je ne désespère pas !

Vous êtes encore parti…

Au bout de trois ou quatre ans, nous n’avions plus la même entente, avec « Criquette », j’avais moins de travail pour elle, davantage pour d’autres professionnels. L’été 2005, j’ai décidé de franchir le pas et de devenir « free lance »…

Sans agent ?

Tout seul, oui. Mais, au 1er janvier 2006, je me suis assuré les services de Florent Guy, mais, collaborant désormais pour les médias, il a arrêté et, depuis un an et demi, j’ai rejoint le « team » d’Antoine Morteo, qui s’occupe de Thomas Huet, Fabien Lefebvre, Fabrice Véron ou Frédéric Spanu.

Peut-on dire que votre rôle à l’Association a porté préjudice à votre carrière ?

Ce pourrait être une excuse si j’étais de mauvaise foi. Mais je ne crois pas avoir eu, et défendu, des positions burlesques ou farfelues. Les gens étaient conscients qu’il y avait effectivement le « président » et le « jockey », et faisaient le distinguo, même s’il y a eu, parfois, des polémiques.

Je me souviens d’une, avec cet entraîneur qui avait fait passer un « billet » dans le journal du turf, accusant les « jockeys » en manteaux de fourrure…

Oui, ce furent des mots « à chaud », même s’il faisait froid. Notre maître mot, c’est « sécurité ». Pour tous, les chevaux, leurs mentors, les propriétaires, les parieurs et, bien sûr, les jockeys. Quand nous jugeons une piste dangereuse, pouvant provoquer glissades et accidents, nous le faisons savoir. Mais, ce qu’il faut que les gens sachent, c’est que nous ne sommes pas maîtres de la décision de retarder les opérations, voire d’annuler la réunion. Seuls les Commissaires statuent, après avoir écouté tous les avis. Aujourd’hui, il y a d’ailleurs une bien meilleure coordination entre toutes les parties, et j’en suis heureux. Et j’ai de très bonnes relations avec l’entraîneur que vous avez évoqué.

Le bilan de votre « Présidence » ?

Ce n’est pas à moi de le dresser mais, sincèrement, j’ai le sentiment du devoir accompli, beaucoup de nos désirs ont abouti, la sécurité a été renforcée… J’ai appris beaucoup de choses, ne serait-ce que, sur le bout des doigts, le Code des Courses, les démarches à effectuer et les organismes à contacter pour mes collègues accidentés, j’ai noué des relations enrichissantes avec les « officiels », les « dirigeants », les responsables d’hippodromes, et tout le monde hippique…

Pourquoi avoir voulu arrêter ?

Après tant d’années à gérer les problèmes des autres, j’ai ressenti comme le besoin de « débrayer », de me préserver un peu de temps pour ma compagne, Margot, et moi…

Vous n’êtes plus du tout impliqué ?

Non, J’ai levé le pied, je sais que « l’Asso » est dans de bonnes mains, je ne fais même plus partie de deux Fédérations où je siégeais.

Que faîtes-vous de votre temps libre ?

Il n’y en a tout de même pas énormément (rires) ! Avec Margot, nous adorons Paris, et nous avons même hésité à y habiter, mais je n’aime pas me compliquer la vie. Il aurait fallu jongler, pour aller travailler le matin. Nous visitons des expositions, allons au théâtre, dans les musées, même si notre capitale est un musée à ciel ouvert… Et, désormais, toutes les beautés européennes sont accessibles en un week-end… Madrid, Athènes, Barcelone, Londres… Quand je suis « dispo » le lendemain, nous sautons dans un avion. Il y a aussi un truc que j’ai découvert, mais qui demande plus de loisirs : la plongée sous-marine.

Et, justement, pour qui vous mettez-vous en selle, le matin ?

Rupert-Pritchard Gordon, à Chantilly, Julien Philippon, Jonathan Pease – que j’apprends à connaître et qui est passionnant – , Francis Graffard, qui vient de créer son entreprise, et Alain Bonin, à Maisons-Laffitte. Une fois par mois, je pousse jusqu’à Deauville, pour Philippe Van de Poële, et, dans la région lyonnaise, Jacques Héloury me fait aussi confiance.

S’il fallait dégager une victoire ?

Peu importe le niveau de la course. Ce qui compte, ce sont les « connections », les affinités que vous avez avec l’entourage du cheval. Quand je vous parlais de signer un Groupe I, ce n’est pas une question d’argent, cela va au-delà, c’est la performance par elle-même qui est gratifiante. Mais j’ai apprécié de réussir à l’étranger, pour des connaissances qui dépassent le cadre professionnel, avecMusical Way, ou d’autres, par exemple.

Songez-vous à la retraite ?

Pas du tout ! Je me sens à 1000% ! Vous m’avez questionné sur mon âge, en prologue, je vous ai d’abord répondu : 33 ans… avant de me raviser. Je ne vois pas le temps passer, je n’ai aucun problème de poids, ni de santé. Et, mon avenir, c’est : « les courses, encore les courses, toujours les courses… ».

Une conclusion ?

Je suis très satisfait, très épanoui, très heureux… La règle exige qu’on en veuille toujours plus, mais il faut savoir se contenter de ce que l’on a. Et je me sens déjà privilégié… En quelques mots : le bonheur, c’est le présent…