Accueil  |  Interview  |  Alexis ACHARD

Alexis ACHARD | 30/03/2012

Celui qui a tout compris au film...

Le mardi 27 mars, à Fontainebleau, Alexis Achard, qui fêtera ses 21 ans en juillet, a signé son premier quinté, pour le compte de son patron, Mikel Delzangles. Le lendemain, à Amiens, cette fois pour Satoshi Kobayashi, il a mené The Divine au succèsSa 35ème victoire. Le jeune homme a été confronté à des choix, à plusieurs reprises, et, apparemment, il ne s’est jamais fourvoyé.

De quelle région venez-vous ?

Je suis Picard.

Comment tout a-t-il commencé ?

Mon père, comme ma mère, ont goûté aux chevaux de courses, comme cavaliers d’entraînement, le matin. Ma mère  chez André Fabre et John Cunnington Jr, et mon père chez François Boutin et, également, John Cunnington Jr. Puis, Maman, qui avait une écurie, où elle prenait en pension des chevaux de CSO, donnait des cours d’équitation aux enfants du village.

Elle a été votre professeur ?

Pas du tout. Autant j’aimais les chevaux, les caressais, allais leur donner à manger, autant je ne voulais pas monter dessus.

La peur ?

Non. Mais, à l’époque, cela ne m’intéressait pas du tout. Je ne voyais pas quel plaisir on pouvait en tirer.

Alors, pourquoi ce revirement ?

C’est tout con. Je devais avoir 12 ou 13 ans. En sortant du cinéma, un jour, alors que nous étions allés voir « Sea Biscuit », j’ai dit à ma mère : « Je veux devenir jockey… ».

Réaction ?

Elle a ri. Puis, quand elle a vu que cette idée ne me quittait pas, elle l’a admise, et a essayé de m’aider.

Votre père ?

Au contraire, il était tout à fait contre mon ambition. Il connaissait le monde des courses, il savait à quel point le métier était dur, il ne voulait surtout pas que « je me rate » et que, du rêve de devenir jockey, je me réveille dans la peau d’un lad permanent, même si cela n’a rien de déshonorant, bien au contraire.

Votre gabarit ?

Il s’y prêtait. Aujourd’hui, je mesure 1 mètre 70 et, avec un petit régime et quelques courses à pied, que je n’apprécie pas particulièrement, je peux me mettre en selle à 52 kilos. J’ai la chance d’être léger et de perdre du poids facilement.

La suite ?

J’ai fait toutes les démarches pour entrer au Moulin-à-Vent, l’école AFASEC de Gouvieux. Pascal Bary a été mon maître d’apprentissage. Il m’a fait participer à 6 ou 7 courses « école », où je me suis placé à quelques reprises, mais, au bout de 3 ans, comme je m’en étais rendu compte et comme il me l’a confirmé, il n’avait pas l’intention de me faire débuter, je suis parti chez Richard Gibson.

Là, « l’embellie » ?

Il a commencé, alors que je n’avais même pas ma licence, en France, par m’envoyer en stage aux Etats-Unis, en Californie, chez Nile Drysdale, à Hollywood Park. J’ai découvert des choses. Mais cette marque de confiance de monsieur Gibson, au bout de 5 ou 6 mois, m’avait touché.

Retour à Chantilly…

La première année, il ne m’a pas associé à de très bons chevaux et, je le concède, tout ne s’est pas toujours bien passé. En revanche, la deuxième saison a mieux tourné, avec mes six premiers gagnants à la clef.

Richard est parti en Asie…

Oui. Et Mikel Delzangles a repris l’écurie, en avril 2011. J’ai suivi. Mais sans savoir si j’allais rester. Je n’étais pas très « chaud », et j’ai même contacté d’autres entraîneurs. J’ai été à « deux doigts » de partir…

Pourquoi ?

Monsieur Delzangles ne faisait pas monter d’apprentis, pour la bonne raison qu’il n’en avait pas, précédemment, à son service. J’ai tout de même demandé l’avis de plusieurs personnes « éclairées ».

En a jailli la lumière ?

Pas vraiment. Certains me disaient « Pars, tout de suite ! ». D’autres : « Reste, c’est une bonne « maison » ! ».

Comment trancher ?

Difficile. Je me suis dit que je pouvais poursuivre durant deux ou trois mois, histoire d’analyser la suite de la situation, avant de prendre une décision. Ce que j’ai fait.

Vous le regrettez ?

Pas du tout.  Il m’a rapidement mis en selle, il y a eu des résultats, et il m’a confié de bons partenaires, même à Paris. En tout, en 2011, j’ai dû enregistrer 13 victoires.

Sans finir l’année…

Effectivement, il m’a envoyé en Australie, pour deux mois et demi, où je me suis occupé de Dunaden quotidiennement. Je n’avais pratiquement le temps de ne rien faire d’autre. Le succès, dans le Groupe I, la Melbourne Cup, a été au bout du chemin, et c’était formidable. Mais, là encore, j’avais hésité avant d’accepter cette mission. Dans notre « monde », en deux mois et demi, on vous oublie très vite. Monsieur Delzangles m’a garanti que je pouvais compter sur lui et  qu’à mon retour, ma place était chez lui. D’ailleurs, à peine revenu, j’étais en piste, trois jours plus tard, pour un bon lauréat.

Avez-vous goûté à la compétition australienne ?

Malheureusement, non. Nous avions tout fait pour, mais le service de l’Immigration national a « bloqué ».

France, « douce France » ?

Non. Dix jours après, j’étais de nouveau dans l’avion, direction, encore, Australie. Le « chef » m’avait demandé de travailler Dunaden, là-bas, et de l’amener au mieux à Hong Kong, où je l’ai évidemment suivi, pour le Hong Kong Vase. Là encore, notre champion s’est imposé…

Commentaires du « boss » ?

Super. Il m’a dit que j’avais fait du bon boulot.

En a-t-il dit autant après votre triomphe dans le quinté de mardi, avec Talk About, où vous avez laissé votre suivant immédiat à 5 longueurs ?

Il ne s’est livré à aucun commentaire. Mais…

Mais quoi ?

Grégory Benoist, qui monte pour la même casaque, celle de la Marquise de Moratalla, m’a gentiment tiré  les oreilles… Il avait raison mais, cela dit, je suis venu dans un canter et n’ai pas sollicité ma monture. Talk About devrait pouvoir franchir un palier. En revanche, et du coup, le lendemain à Amiens, quand j’ai passé facilement l’animateur, j’ai plutôt repris, pour que la distance à l’arrivée ne soit pas trop conséquente.

Vous qui ne vouliez pas apprendre à monter, c’est désormais la passion ?

Plus que cela.

Que dit Papa ?

Il a souffert un moment, mais il a bien été obligé de s’y faire et je suppose que, désormais, il est content. De toute façon, quand j’ai un truc dans la tête, je ne l’ai pas ailleurs.

Etes-vous fils unique ?

Non. J’ai une sœur aînée, mais qui n’a rien à voir avec l’hippisme.

D’autres « dadas », avec, ou sans ,jeu de mots ?

Avec mon ami Antoine Hamelin, je commence à m’initier au paint ball.  Sinon, la play-station, ou les traditionnelles sorties, entre copains, «  bowling », « karting »…

Vous avez maintenant un agent…

Oui, Hélène Barbe, comme Christophe Lemaire. C’et tout neuf, depuis le début de l’année .Je suis donc demandé pour d’autres entraînements, mais il faut, évidement, que tout se mette en place.

Des « images » ?

Christophe Soumillon, comme tout le  monde, au niveau français. Mais Frankie Dettori est le meilleur du monde, à mes yeux. Julien Leparoux est aussi un exemple. Ce qu’il réussit est extraordinaire. D’ailleurs, depuis toujours, j’adore les courses américaines. Elles sont souvent semblables, mais très intéressantes. Et j’ai toujours un oeil attentif sur toutes les épreuves internationales. Il faut rester « dans le coup ».

Objectifs ?

Faire mieux que l’an passé, être davantage présent à « Paris » et, en poussant un  peu plus loin, participer, avec une chance, à des listed Races, sans rêver – mais quand même – à de plus belles épreuves.

Merci, « Sea Biscuit ».