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Hubert TERRIEN | 27/12/2011

A force de volonté...

Rien ne le prédisposait à devenir jockey, d’obstacle, qui plus est, si ce n’est, à la rigueur, son amour des animaux et de la nature. Il a patienté longtemps, très longtemps, avant de goûter aux joies de la compétition. On lui a dit qu’il était « mauvais », il s’est blessé à maintes reprises, il s’est toujours accroché… Aujourd’hui, à 36 ans et bientôt 230 victoires à son palmarès, Hubert Terrien tient sa récompense, ne serait-ce qu’avec sa « Wutzeline », invaincue en 13 sorties à Cagnes-sur-Mer…

Pourquoi jockey ?

Par hasard…

Comment cela ?

Je n’avais aucun lien avec le monde des courses, familial ou autre, je n’avais jamais mis les pieds sur un hippodrome, je n’étais même jamais monté à cheval.

Drôle d’histoire…

Il fallait que je quitte l’école, j’étais un « branleur », je n’avançais pas… Je voulais me tourner vers un métier manuel, car il allait bien falloir que je fasse quelque chose.

La suite ?

J’ai eu l’opportunité, moi qui suis né à Angers, d’effectuer un stage de deux semaines chez Etienne Leenders. Il m’a mis en selle, je n’étais pas impressionné, j’ai trouvé cela « marrant ». J’ai vu le boulot à l’écurie, je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’avais à peine 15 ans. J’ai décidé d’entrer à la Maison Familiale de Senonnes-Pouancé, le « Moulin-à-Vent » de la région. Mais j’avoue qu’à cette époque, si j’avais poussé la porte d’un parc zoologique et que j’avais été séduit de la même façon, j’aurais travaillé dans ce zoo… Vous le voyez, c’est parti d’un « délire »…

Du coup ?

Etienne Leenders a été mon maître d’apprentissage, durant 3 ans. Un bon professeur, de la « vieille » école. A l’époque, on en bavait plus que les « arpètes » d’aujourd’hui. Durant cette période, je n’ai participé à aucune course.

Alors ?

Je suis entré au service de Dominique Sepulchre, qui avait encore quelques chevaux d’obstacle.

Pourquoi parlez-vous d’obstacle ?

Quand j’ai commencé, je ne me posais même pas la question « plat, obstacle ». J’allais un peu à l’aveuglette… Mais j’ai naturellement été attiré par les « balais ». Chez M. Sepulchre, j’ai demandé mes licences de jockey, plat et obstacle – il fallait alors les deux -. Celle de plat m’a été refusée. En revanche, l’autre m’a été accordée…

Vous avez alors débuté ?

Toujours pas. Et je commençais à sentir que c’était foutu. 4 ans et demi que je « ramais », et pas la moindre proposition. Je suis parti à Commeaux, dans l’Orne, chez Rémy Cottin, où était installé Thierry Civel.

Impressions ?

Je venais de deux écuries « classiques », dans l’Ouest. J’ai découvert autre chose et, pour parler crûment, j’en ai vraiment « chié »…

Mais ?

Thierry Civel m’a pris dans un coin, un jour, et, avec son franc parler habituel, il m’a glissé, « texto » : « Vous êtes mauvais, mais vous êtes un bosseur. Vous avez envie de monter en course, alors je vais vous « mettre » sur plusieurs de nos représentants… »

Il a tenu parole ?

Oui. Il m’a vraiment lancé dans le grand bain, en commençant par le « petite » province, bien sûr. Pour ma sixième tentative, j’ai gagné à Avranches – où il n’y a d’ailleurs plus de piste d’obstacle  –, avec Beau Bleu, qui m’a offert mes trois premiers succès.

C’était parti ?

J’étais à pied d’œuvre tous les week-ends et, petit à petit, le métier est rentré. Il n’y avait pas Equidia, mais on pouvait revoir des « vidéos », en officiant régulièrement, en écoutant les conseils des professionnels d’expérience. En corrigeant de mon mieux mes défauts, j’ai pris un peu de « maturité ». Mais j’ai été rattrapé par… l’armée !

Où avez-vous servi ?

J’ai pu obtenir d’effectuer mes 10 mois à Fontainebleau, avec les chevaux, comme, avant moi, Philippe Van de Poële, Jean-Noël Fraud et d’autres. J’obtenais même, quelquefois, des permissions, pour aller exercer sur tel ou tel hippodrome, histoire de rester dans le rythme.

Après le « service national » ?

Jean Dasque. Un grand bonhomme que, malheureusement, je n’ai connu que deux mois. Sa maladie l’a emporté. Je le regrette sincèrement. David Berra était sur le point de perdre sa décharge. Jean Dasque a dit à Patrick Rago, que j’ai connu là-bas, : « David va « grandir », formez le petit Terrien… »

Vous voilà donc, après la disparition de Jean Dasque, chez Patrick Rago…

Oui. Un « mentor » très dur, avec les hommes comme avec ses pensionnaires, mais très droit et très enrichissant. J’ai encore beaucoup appris, chez lui. C’est à son service que je suis passé « pro », que je me suis imposé dans un Groupe, avec Saute au Bois, et dans de belles courses à conditions, à Auteuil ou Enghien.

Pourtant ?

Après un détour chez Jehan Bertran de Balanda, et, deux ans durant, chez Thomas Trapenard, j’ai eu l’impression que je ne progressais, à tous les niveaux, pas assez vite. Et puis, après 7 ans à Maisons-Laffitte, le « mal du pays » m’est venu. Ma femme, Marina, que j’avais rencontrée chez nous, en Anjou, m’avait donné deux beaux enfants, Théo, dix ans aujourd’hui, et Manon, 8 ans, Nous avons éprouvé l’envie d’un retour….

Qui s’est traduit ?

Par mon embauche chez Yannick Fertillet, chez qui je suis depuis 7 ans. Et je ne regrette rien. J’ai beaucoup voyagé, pour lui. En Italie, à Merano, à Rome, où j’ai gagné, en Belgique, pour les grandes épreuves, au Japon, pour le Nakayama Grand Jump, avec Ange de Beaumont, qui s’est malheureusement accidenté dans une préparatoire à ce Groupe I.

Tout se passe bien, avec Yannick ?

Il faut savoir s’entendre avec lui. Comme partout, il y a de bons et de mauvais moments…

Pensez-vous à la retraite ?

Bien sûr. Personne n’est immortel. Je me suis fixé, depuis longtemps, la limite des 40 ans, mais tant que j’ai la foi, l’âme, et la rage, comme je pense ne les avoir jamais eues aussi fortes que maintenant, je me bats… Si, toutefois, on continue à me confier de bons chevaux.

Des idées, pour « l’après » ?

Non, aucune. Je m’étais toujours persuadé que ce ne serait pas avec les chevaux, mais, avec le recul, je réfléchis. J’ai beaucoup « labouré », acquis une expérience… Ce serait peut-être dommage de ne pas en profiter. Et puis, je dois tellement aux chevaux. Tout. L’animal fait désormais partie de moi, totalement, et à vie. Tant que j’en aurai la force, je serai en selle, ne serait-ce que pour le plaisir, et les loisirs.

Wutzeline ?

C’est un rêve. Malheureusement, avec les blessures, je n’ai pu lui être associé à chaque fois. Elle a tout compris : quand elle doit se reprendre, respirer, accélérer… En dernier lieu, elle paraissait battue, dans l’ultime virage, mais je n’avais pas perdu confiance. Elle est revenue « le faire » « à la mode ».

Ces fameux contretemps ?

Pieds, main, clavettes, etc… Rien de grave, mais, à chaque fois, il faut revenir, te remettre dans l’ambiance, et si tu te « recasses » à ce moment-là, tu es mal…

L’Association des Jockeys ?

Super. Ils ont ouvert les yeux et nous ont ouvert les nôtres. Sans vouloir offenser mes collègues et amis, pour ce qui concerne tous les « papelards » et l’administratif, nous sommes nuls. Nous avons Maria, qui s’occupe de tout.  

En dehors des courses ?

Pas grand-chose. La pêche, mais pas au niveau de Cyrille Gombeau, juste histoire de me vider la tête, le VTT, et… ma famille. Nous avons un camping-car et, dès que le calendrier le permet, nous partons découvrir de nouveaux paysages.

Le  poids ?

En prenant de l’âge, il devient plus préoccupant , d’autant que ma femme est une remarquable cuisinière et que j’ai un bon coup de fourchette, mais, si vous me prévenez un peu avant, un « tilt » à 64 kilos, c’est possible…