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Jonathan NATTIEZ | 15/11/2011

Petit jockey deviendra grand...

Dimanche 13 novembre, à 23 ans, il a réalisé le rêve que bien de ses pairs, même de ses aînés, peuvent lui envier : remporter un Groupe I à Auteuil, le Temple de l’Obstacle. Du même coup, il offrait à l’entraîneur du lauréat sa première récompense au plus haut niveau, quelques semaines après que, tous deux, ont signé leur premier quinté, avec le même Grand d’Auteuil. Jonathan Nattiez revient sur l’événement, et sur son itinéraire.

Surpris par ce succès dans le Prix Renaud du Vivier, la Grande Course de Haies des 4 Ans ?

Surpris, pas vraiment. Ravi, oui. Notre premier quinté, que ce soit pour Bernard Beaunez comme pour moi, nous avait déjà comblés. Là, on tutoie vraiment le bonheur. Depuis le début, Bernard croyait enGrand d’Auteuil. Au fil des courses, j’ai vu qu’il ne se trompait pas. Maintenant, restait à le prouver sur la piste. Un "petit" entraîneur, un "petit" jockey, mais un grand cheval...

Avant d’en arriver là ?

Roland Kléparski, qui fut un grand jockey, et qui a gardé sa licence jusqu’à un âge ou d’autres ont rangé leurs bottes depuis longtemps, est mon beau-père. Pas le « père de ma femme », mais celui avec qui j’ai grandi. Evidemment, tout jeune, j’ai baigné des deux côtés… du milieu, et je n’envisageais pas d’autre métier. C’est d’ailleurs pour Roland, que j’ai enregistré mon premier gagnant, à Cagnes-sur-Mer, avec Le Polonais. Un jour à marquer d’une pierre blanche.

Mais vous n’avez pas fait votre apprentissage chez lui, si ?

Non. Devenu entraîneur, il n’avait qu’un effectif des plus réduits. Après avoir participé à des courses de poneys, je suis entré à l’école A.F.A.S.E.C. du Moulin à Vent, à Gouvieux, avec Cédric Boutin pour maître d’apprentissage.

Tiens, tiens…

Pourquoi dîtes-vous cela ?

Parce que beaucoup de cavaliers de talent sortent de « l’école » Boutin…

Vous me flattez, mais c’est vrai qu’il est un excellent professeur. Durant cette période, j’ai goûté à la compétition, et je me suis imposé plusieurs fois, en plat, pour lui.

Vous vous êtes reconverti en obstacle, cependant…

Outre mes problèmes de poids, je peux monter à 57 kilos pour 1 mètre 73, j’ai toujours été beaucoup plus attiré par l’obstacle. C’était le but, depuis le départ.

Pourquoi ?

Pour l’adrénaline. Et puis, pour tout vous avouer, en plat, je m’ennuie un peu. C’est presque toujours la même chose : les boîtes s’ouvrent, il faut prendre une bonne place, les aléas du parcours jouent beaucoup dans le résultat, et si tu es assis sur du « gaz », tu gagnes. Sans dénigrer mes collègues de plat, loin de là, j’exerce toujours dans cette spécialité, notamment avec les AQPS, j’estime que le pilote, en obstacle, remplit un rôle bien plus important. Là aussi, il faut se placer, mais on a le temps de corriger le tir, il faut amener son partenaire dans la bonne foulée devant la haie ou l’oxer, rester en selle à la réception, savoir relancer… Pour moi, c’est autrement plus passionnant, même si, à la finale, mais dans une moindre mesure, si tu es assis sur du « gaz », tu gagnes.

Après Cédric ?

Je suis entré chez Irène Oaks-Cottin, l’épouse de François-Marie. J’ai eu la chance de travailler, le matin, des champions, comme Princesse d’Anjou, mais, l’après-midi, je restais dans les tribunes. Certes, j’ai vraiment appris à « sauter » les chevaux, mais pas la tactique de course. François-Marie m’a « mobilisé » pour le meeting de Cagnes, où j’ai eu un ou deux partants, en plat.

Alors ?

Tony Clout m’a pris à son service, pour le plat et l’obstacle, mais il n’a rapidement plus préparé de sauteurs. J’y suis tout de même resté un an. Patrick Rago m’ayant demandé si je pouvais descendre avec lui dans le Midi pour l’hiver, et ayant reçu le feu vert de mon patron, je m’y suis rendu. Cela s’est bien passé et, de retour à Maisons-Laffitte, Patrick m’a rappelé pour me proposer de rejoindre son équipe, car il avait besoin d’un cavalier « à décharge ». Chez lui, je l’ai perdue, notre collaboration a duré trois ans, jusqu’à son départ en retraite, avec, en point d’orgue, une troisième place dans la Grande Course de Haies de Printemps, avec Gouidal Bihan.

Et quand vous avez perdu cette fameuse décharge ?

C’est toujours un problème, bien que moins épineux qu’en plat. Mais on ne m’a pas trop oublié. J’ai assez vite pu rebondir.

Depuis ?

Je travaille pour Laurent Postic, mais il me laisse libre d’accepter des sollicitations extérieures. Il sait que je ne suis pas « fou » et que je ne vais pas accepter n’importe-quoi, mais il jette toujours un œil sur mes engagements. Cette année, nous n’avons pas beaucoup de « cartouches ». En 2010, nous avions Chuchoteuse, avec laquelle j’ai remporté une listed Race, et terminé troisième de la Grande Course de Haies d’Enghien.

Votre « score », à l’heure actuelle ?

Une soixantaine de succès en obstacle, et une quinzaine en plat.

Vos objectifs ?

Je prends tout « comme ça vient », mais avec l’envie de toujours mieux faire, d’année en année. En 2010, j’ai marqué huit « points », j’en suis à six, en 2011, mais ce n’est pas terminé… J’ai eu du mal à démarrer, comme souvent, mais je « finis » toujours bien. Je dois être « saisonnier »…

Vous ne montez pas beaucoup…

C’est vrai, mais je m’efforce de privilégier la qualité à la quantité. Je n’hésite pas, non plus, à me rendre en province, souvent en voiture, quand ce n’est pas trop loin.

Avez-vous un « agent » ?

Non. Je laisse cela aux vedettes.

A propos de vedettes, lesquelles vous impressionnent ?

David Cottin, il a tout. David Berra, j’aime son style.

Derrière ?

L’inusable Pieux, bien sûr, et puis… moi ! (rires).

Des « pépins », depuis vos débuts ?

J’ai commencé à 16 ans, et, pour l’instant, le bilan me place parmi les privilégiés : une clavicule, un « nez », et un traumatisme crânien. Je tombe relativement peu et, quand je chute, je ne me « casse » pas. J’ai de la chance.

L’Association des Jockeys ?

Super. Ils, et elles, font tout pour améliorer sans cesse nos conditions de travail, les hippodromes, les infrastructures, ils s’occupent de tout dès qu’il y a accident. Je ne peux que les féliciter.

Avez-vous fêté cette Grande Course de Haies des 4 Ans ?

Bien sûr, mais sagement. J’étais à 5 heures 30 dans la cour, le lendemain matin. Et puis, je n’aime pas faire de folies, me coucher tard en ayant bu un dernier verre inutile. Nous nous sommes offert un restaurant, tout de même, avec Bernard Beaunez.

Pour ce grand rendez-vous, à Auteuil, il aurait pu choisir un autre jockey, non ?

C’est drôle, cette question a été posée au cours du dîner… Sûr qu’il aurait pu faire appel à un « ténor », pour mettre toutes les chances de son côté. Mais il a estimé que je n’avais jamais empêché le cheval d’obtenir un meilleur résultat, lors de nos sorties précédentes. Bien entendu, si j’avais « vendangé » Grand d’Auteuil à plusieurs reprises, Bernard aurait eu toutes les raisons de me « virer ». La fidélité, d’un côté comme de l’autre, c’est important aussi.

D’autres centres d’intérêt ?

Le métier me prend un bon  paquet de ma vie. Des trucs simples. J’aime bien manger, j’ai horreur des régimes et du sauna, mais je n’ai aucun problème pour l’obstacle, alors, de temps en temps, avec ma compagne, Christelle, qui est cavalière d’entraînement chez Didier Prod’homme, nous aimons nous asseoir autour d’une bonne table, avant une soirée « cinéma ».

Vacances ?

Elles sont rares. L’hiver, nous pouvons toutefois nous échapper quelques jours à l’Alpe-d’Huez, pour skier. Un pensionnaire de Patrick Rago avait été élevé, et courait sous les couleurs d’un membre du Conseil Municipal de cette station, et ils m’ont, en échange de l’inscription « Alpe-d’Huez » sur mon breeches, invité une semaine par an.

Je ne l’ai pas vue, cette mention, dimanche…

Il est interdit d’arborer une quelconque publicité, dans les épreuves de Groupe…

Et l’été ?

Christelle est originaire de Bayonne, où elle a toute sa famille. C’est encore un bon petit break.

Heureux ?

Heureux. Et encore plus depuis dimanche.