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Stéphane DELHOMMEAU | 22/07/2011

A la croisée des chemins...

Ce lundi 18 juillet à Dieppe, il a gagné, d’un nez, en selle sur Utile, entraînée par son patron, Thierry Civel, son statut de jockey d’obstacle professionnel… Sa  dixième victoire de l’année. A 23 ans, il se trouve à la croisée des chemins, hésitant encore sur l’avenir qu’il va se choisir. Pourtant, il avait bien failli ranger ses bottes plus rapidement que prévu. Stéphane Delhommeau se confie, à cœur ouvert…

D’où est venue cette attirance pour les chevaux ?

Si cela ne se vérifie pas toujours pour les poulains, je crois que mon pédigrée a parlé. Mon arrière-grand-père était Président de la Société des Courses de Méral, et il a élevé des trotteurs, comme des galopeurs, à Cossé-le-Vivien. La passion a dû sauter une génération, mais mon père, gamin, a participé à des courses de poneys, jusqu’à 14 ans, avant de mettre une parenthèse professionnelle durant une dizaine d’années. Il est devenu géomètre topographe, mais il n’a pu s’empêcher de s’inscrire dans un club hippique, de participer à des concours, et d’acheter une jument qui a aujourd’hui 20 ans. En 2001 ou 2002, il a obtenu son permis d’entraîner, et ajoutez à cela que ma mère était une cavalière émérite. Je ne pouvais pas y échapper…

Alors ?

L’école jusqu’en 3ème, puis le Moulin-à-Vent, à Gouvieux, quand j’avais 15 ans, avec Xavier Guigand pour maître d’apprentissage.

Facile ?

Non. Xavier, qui s’est reconverti, depuis, n’avait qu’une douzaine de pensionnaires, avant de ne s’occuper que de six. Mais il avait loué Canzona, avec qui j’avais tout découvert, pour me faire débuter, alors que je n’étais chez lui que depuis 6 mois. Il ne le savait pas, mais j’étais hors délais, car il faut au moins un an d’apprentissage avant les premiers pas. Nous avons été réprimandés par France Galop.

La suite ?

Après deux ans chez Xavier, je suis entré chez Yannick Fouin. Je connaissais mon sort : je pesais déjà 50 kilos, je suis ossu, carré, je ne pouvais pas lutter contre le poids. La solution, c’était l’obstacle. Malheureusement, pour ma deuxième monte, à Fontainebleau, je me suis cassé la clavicule, ce qui n’est rien, dans le métier, a priori. Malheureusement, une phlébite en a découlé, et j’ai été arrêté six mois.

Retour chez Yannick ?

Oui, mais cela ne collait plus trop. Morgan Regairaz avait rejoint l’écurie, entretemps. Je ne « calculais » pas trop ce qui allait se passer, je suis parti.

Pour aller où ?

Chez Thierry Civel, avant le meeting hivernal de Cagnes 2006-2007.

Des résultats ?

Et comment ! Pour mon premier parcours pour Thierry, ma troisième monte en obstacle, donc, je me suis salement ramassé…  Le visage ouvert, plus de 30 points de suture. Arrivé à l’hôpital, je me suis dit que ce job n’était vraiment pas fait pour moi. Je voulais tout arrêter. Et puis, mon ami Augustin Adeline de Bois Brunet, avec qui je suis allé à l’école et qui travaille désormais au Haras de Saint-Voir, m’a remonté le moral, l’Association des Jockeys a été, elle aussi, plus qu’à la hauteur. La passion a repris le dessus. Je suis « revenu » petit à petit, ai enregistré mon premier gagnant  en 2007.  Je suis retourné à Cagnes pour le meeting 2007-2008, mais Charles-Edward Cayeux était là, désormais.

Du coup ?

En avril 2008, je me suis dit qu’il fallait prendre son courage à deux mains, et j’ai fait mes valises pour l’Ouest, Nort-sur-Erdre, et l’établissement de René Lecomte. Dans cette profession, je pense que si tu ne sais pas « bouger », tu es condamné.

Des regrets ?

Au contraire. J’ai vraiment apprécié l’Ouest. J’ai aussi gagné en cross pour Philippe Cottin, pour Guy Denuault, pour Xavier-Louis Le Stang, j’ai découvert beaucoup de choses.

Combien de temps ?

Un an. Après, j’ai désiré revenir à Paris. J’ai pris mon téléphone, appelé Thierry Civel, dont les affaires allaient mieux, qui m’a demandé quand je pouvais embaucher. J’’y étais deux jours plus tard.

Tout se passe bien ?

Oui, les résultats sont là. « Mon » Roi de France, qui m’a offert ma première course PMU, et mon premier succès à Auteuil, devrait refaire parler de lui.

Comment s’annoncent les semaines à venir ?

Je pensais perdre ma décharge cet été, mais, normalement, je devrais garder deux ou trois « cartouches » pour le meeting de Clairefontaine. L’automne sera, évidemment, plus dur.

Et votre avenir ?

Là, j’avoue que je ne sais pas trop. La semaine passée, j’étais presque prêt à quitter l’écurie, mais je dois reconnaître que j’y ai une situation très confortable. Je monte trois ou quatre lots, le matin, nous nous accordons une petite pause « apéro », et, si je ne suis pas mobilisé sur un hippodrome, je rentre chez moi. Il y a pire, comme boulot. Même avec la décentralisation, quand nous partons pour Lyon, voire Marseille, nous avons le temps d’être présents le matin à l’entraînement, de sauter dans un TGV et d’être de retour à la maison, au pire, à 23 heures. Beaucoup de travailleurs ont pratiquement les mêmes horaires, mais pas pour le même salaire. Et, en ce moment, en France, les bons boulots ne courent pas les rues. Alors, est-ce que je vais prendre un énorme risque, maintenant que je ne bénéficie plus de la décharge  - j’en ai, profité pendant deux ans – et  c’est au tour des autres d’en jouir, ou attendre dans la cour de Thierry qu’un « pur » fasse son apparition et qu’il me soit confié ? Je suis vraiment assis entre deux chaises. Je sais que j’aurais des ouvertures dans l’Ouest, notamment à Senonnes-Pouancé, mais je suis très indécis.

D’autres passions ?

Passions est un bien grand mot. Mais j’ai la chance d’avoir conservé des amis, des vrais, qui n’ont rien à voir avec le monde des courses, et que j’ai plaisir à retrouver dans le Poitou, ou en Touraine, pour de jolies fêtes.

Une dernière phrase ?

Les bons chevaux font… les bons entraîneurs, et les bons entraîneurs font les bons jockeys. Pour changer un peu de l’adage classique.